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09/03/2009

A l'Espace Matonge: Antoine Tshitungu en débat

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Communiqué de presse

 

A l’invitation de Panafrica asbl, Antoine Tshitungu Kongolo, essayiste, poète et homme de culture, sera à l’Espace Matonge, le vendredi 13 mars, à partir de 19 heures 30.

 

La rencontre sera axée sur son dernier ouvrage « La présence belge dans les lettres congolaises. Modèles culturels et littéraires », qui vient de paraître aux éditions L’Harmattan dans la collection « Etudes africaines » : une véritable somme sur l’ère coloniale et son impact sur les Congolais d’hier et d’aujourd’hui, en amont comme en aval.

La problématique des modèles auxquels les Congolais ont été soumis est abordée avec érudition et soumise à une analyse implacable dont la fécondité est le gage même d’ une ré-fondation culturelle dont l’avènement ne saurait être éludée.

 Le modérateur de cette soirée est Jean-Pierre Mbelu.

 

Lieu: espace Matonge, 78 chaussée de Wavre à 1050 Ixelles

Organisateur : Panafrica asbl

 

 

 

05/08/2007

« Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

 

 

 

« Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

(propos d’un missionnaire flamand)

 

 

Quelle perception avaient les Congolais de la langue française ?

Il me semble tout indiqué de prendre en compte toute une série d’expressions du cru afin de répondre au mieux à cette question qui vaut son pesant d’or.

Trois de ces expressions déposés au fond de ma mémoire m’interpellent tout particulièrement.

  1. « Parler français ne vous conduira pas au ciel ! dixit un missionnaire flamand,  s’adressant à ses ouailles congolaises.
  2. « Le français c’est la chair de l ‘éléphant » : dicton congolais.

 

Par cette expression imagée, mes ancêtres rendaient compte de leur émerveillement ainsi que de leur déception au contact d’une langue certes fascinante  mais hérissée de mille chausse-trapes.C’est aussi une mise en garde lancée, à tous, jeunes et moins jeunes, pour leur signifier que le français leur réservera toujours des surprises.Prétendre en maîtriser les subtilités ne peut relever que de la fatuité sinon de l’ignorance. Comme si les vieux de la brousse avaient deviné l’infinie richesse d’une langue dont ils ne détenaient à vrai dire que des bribes.

 

  1. « Le français, c’est un couteau qu’on aiguise ».

 

 

 Cette expression populaire met en exergue la patience de celui qui voudrait s’approprier la langue de Vaugelas.Il lui faudrait sans cesse soumettre ses acquis à l’épreuve.Affûter la lame du couteau, c’est lui donner le tranchant nécessaire.Un esprit subtil, un homme fin est souvent comparé à un couteau bien aiguisé.

 

Il ressort de ce qui précède que le français n’est pas opposable aux langues locales.

Somme toute sa perception s’avère positive.Il est considéré comme un outil de prestige

certes, mais aussi de connaissance et d’ouverture.Il fascine d’autant plus qu’il passe pour un fruit interdit dans l’Empire belge.

 

« Viande d’éléphant », «  couteau qu’on aiguise », autant de paradigmes d’une appropriation factuelle et symbolique, difficultueuse et parfois dramatique de la langue de Molière et de Richelieu , par les indigènes de l’Afrique centrale.

Langue enseignée à des privilégiés triés sur le volet, en particulier les élèves des séminaires, impétrants à la vie sacerdotale, le français n’en sera que plus auréolé.Son apprentissage vaudra tous les sacrifices pour tous ceux que le système scolaire de type pyramidale aura laissé sur la route.

Pour les Congolais, du temps de mes pères, le français constitue la voie royale qui devrait leur permettre de sortir du ghetto découlant de la colonisation belge, et que résume bien l’expression « empire du silence ».

 

Antoine Tshitungu Kongolo