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07/12/2007

La guerre et la paix de Moni-Mambu

 

Le nom de Moni-Mambu renvoie au cycle légendaire du même nom, axé autour de ce personnage emblématique, enfant terrible aux exploits célébrés par les conteurs de l'espace culturel kongo. Moni-Mambu a ses répondants partout ailleurs, au Kasaï (il prend les traits de Ngoyi wa Lubabinga); à l'Equateur (chez les Mongo, il porte le nom de Ngoy; le poète A.-R Bolamba en codifia les aventures), et même ailleurs. Moni-Mambu comme ses alter ego est un querelleur qui trop souvent a eu le dernier mot sur ses adversaires grâce à sa ruse imparable.

 

 En coiffant du nom de Moni-Mambu, un ex enfant-soldat, originaire du Kivu, en mal d'insertion après une guerre dévastatrice qui l'aura mené à Kinshasa, André Yoka Lye Mudaba, se veut le chantre d'un Congo à l'identité rénovée, puisque débarrassée de ses particularismes, pour affirmer la richesse humaine du Congo à savoir une culture commune par-delà la diversité linguistique. Au coeur de ce récit d'une écriture agréable et limpide, les vicissitudes d'un ex enfant-soldat, laissé pour compte des programmes de réinsertion , conçus et mis en oeuvre par des ONG internationales .Déçu, il décide de retourner dans son bercail kivutien. Du coup, son voyage prend valeur de parcours initiatique.Il  apprend véritablement à se ressourcer dans la nature, à découvrir et à aimer les mille et un visages et paysages de son pays. A connaître et apprécier des valeurs qui lui étaient jusque-là méconnues Son voyage est une renaissance mieux une métamorphose. Elle est le fruit de rencontres successives qui lui dessillent les yeux."Toute rencontre est une chance" devient une antienne sur ses lèvres. Il apprend à se défaire de ses oeillères au contact d'autres Congolais. De sorte qu'il en vient à remettre en doute son attachement exclusif à son terroir kivutien, point de chute ultime de son odyssée. Tant il est transformé qu'il peut reprendre à son compte cette profession de foi cueillie sur les lèvres d'un secouriste de la Croix-Rouge : "Moi, je suis de partout dans ce Congo. Je n'ai pas d'attaches".C'est une identité nouvelle qu'il se forge, à l'aune de rencontres enrichissantes qui jalonnent sa route. Cependant, le périple de Moni-Mambu ne sera pas de tout repos. Après avoir participé à un braquage, il est mis aux arrêts puis libéré. Dans les environs d'Inongo, il provoque l'ire des pygmées qui l'ont surpris en flagrant délit de contemplation devant une Venus de leur clan prenant son bain dans un lac. Mis à l'amende, il poursuit sa route et se lie d'amitié peu après avec un politicien de l'époque Mobutu qu'on retrouve assassiné dans sa villa de Mbandaka. Il n'en faut pas plus pour que les soupçons se portent sur le pauvre Moni-Mambu, privé de liberté et jeté en prison. Toutefois il est innocenté grâce au témoignage d'un des gardiens du notable assassiné. Découragé, désargenté et de plus en plus accablé par un sentiment de malédiction, Moni-Mambu se voit proposé un voyage aux frais du commandant à bord d'un bateau naviguant sur le fleuve vers Kisangani. Le commandant se sert de Moni-Mambu comme homme de main pour voler et rançonner ses passagers ainsi que  pour ses trafics douteux tout au long du périple fluvial. Parallèlement à ce retour hypothétique et pour le moins mouvementé vers son bercail kivutien, Moni-Mambu en vient à une prise de conscience de ses responsabilités vis-à-vis des autres. L'enfant soldat programmé pour violer, tuer, rapiner, piller se remet en question et connaît le remords et le dégoût. C'est l'amorce d'une métamorphose inespérée et concomitamment du rôle positif qu'il pourrait jouer dans la remise sur pied d'un pays délabré et exsangue. C'est la nature, à travers les paysages mirifiques, qui est le déclencheur de ce processus d'humanisation de l'enfant soldat. La traversée du pays prend du coup valeur initiatique; la plongée dans la nature constitue une catharsis. Voilà notre Moni-Mambu libéré de la gangue de mauvaises habitudes acquises à l'armée. Cependant, il est piégé à Kisangani par son passé peu glorieux .Il tombe sur la soeur de Dada Nyota, qu'il avait violée lors de la prise de Kisangani par les troupes de l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila. Prenant son courage à deux mains, il s'en va demander pardon à sa victime, internée depuis le drame, dans une clinique psychiatrique. Le récit s'achève par un happy end : non seulement Dada Nyota absous Moni-Mambu, elle accepte de l'épouser.

 

Dans ce récit didactique, destiné à la jeunesse congolaise, André Yoka Lye Mudaba délaisse le style pimenté de ses chroniques kinoises (Cf."Lettres à mon oncle du village"). C'est un chant d'espoir qui se donne à entendre à même la trame et les personnages campés. Ces jeunes naguère instrumentalisés à leur corps défendant par les chefs de guerre ne sont-ils pas eux-mêmes des victimes qui en dépit des crimes odieux et des destructions matérielles dont ils sont coupables mériteraient notre compassion pour ne pas dire notre indulgence plénière? Ils sont susceptibles en dépit de leur légende noire de contribuer à la reconstruction de la République Démocratique du Congo à condition qu'ils fassent amende honorable pour s'impliquer dans les tâches de développement.

 

"La guerre et la paix de Moni-Mambu"kadogo"", Kinshasa, Editions MEDIASPAUL, 2006, 124 p. illustré.

 

Antoine Tshitungu Kongolo