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05/03/2011

Coopération sino-congolaise

 Adulée par les Africains ; vilipendée en Occident, la Chine devenue une puissance économique et politique majeure du 21ème siècle, s’affirme comme un partenaire incontournable à même de contribuer substantiellement au progrès d’un continent qui a vu son développement obéré par le syndrome de la dépendance, héritée de l’ère coloniale, et qui n’a cessé de croître tout au long des décennies post-coloniales.

 

 

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02/05/2007

Faut-il modifier les frontières africaines ?

 

Faudrait-il oui ou non modifier les frontières que l’Afrique a héritées de l’époque coloniale, marquée par les conquêtes ainsi que l’impérialisme de l’Europe ?

La question s’avère d’autant moins gratuite qu’elle s’inscrit au cœur d’un débat vif et acéré qui n’en finit pas de nourrir des polémiques et de soulever des tempêtes. Par ailleurs, évacuer cette interrogation serait d’autant plus impensable qu’elle s’imprime en toile de fonds d’une série de conflits meurtriers qui émaillent la chronique africaine. Emblématique à cet égard la guerre qui a éclaté dans la corne de l’Afrique opposant l’Ethiopie à l’Erythrée. Le cas du Congo, où se déroule à huis clos des affrontements impliquant les troupes gouvernementales de Kinshasa, pas moins de trois mouvements rebelles, les uns et les autres chapeautés par des forces armées des pays tiers, semble illustrer tragiquement un dépeçage de facto sinon programmé quoique s’en défendent ceux des protagonistes mis en cause. J’ose croire que l’indispensable confrontation de l’argumentaire des uns et des autres me permettra d’apporter autant que faire se peut des éclairages idoines tant à l’opinion africaine qu’à celle du reste du monde. Il s’agit en effet d’une problématique sensible sinon vitale pour un continent menacé, si l’on n’y prend garde, d’effritement en micro-entités politiques sans réelles assises étatiques. Et qui plus sont voués à l’affrontement cyclique. Incapable qu’elles seront plus que probablement de se sortir de l’aporie du sous-développement, de régler les problèmes d’accès équitable des populations aux ressources naturelles, celles du sous-sol étaient en point de mire pour l’heure, et plus encore d’assurer la redistribution des richesses. Cela en raison notamment de dissensus tous azimuts qui ne manquent pas de surgir de façon récurrente sur un échiquier géopolitique implosé. Ceux qui plaident pour une révision des frontières, sans qu’il faille d’avance mettre leur bonne foi en doute et les clouer de ce fait même au pilori, n’endossent-ils pas, à leur corps défendant, le rôle dangereux et peu reluisant d’apprentis-sorciers ? Le retour à une Afrique d’antan aux découpages jugés plus conformes à la configuration supposée des ethnies ne constitue-t-il pas un immense leurre ? Pourrait-on d’un trait de plume gommer des dynamiques irréversibles et avec eux cent ans d’histoire coloniale et postcoloniale, à tout le moins si l’on considère le millésime 1885 comme terminus a quo ? Les questions liées aux frontières devraient-elles masquées les réalités catastrophiques découlant des gestions politiques, économiques et sociales mises en œuvre par l’Afrique post-coloniale. La plupart des Etats ne sont-ils pas évertués à rendre plus aiguë et plus généralisée que jamais la misère de leurs populations respectives ? Certaines frontières sont bancales, certes. Ne dit-on pas pour plaisanter que la Gambie n’est autre qu’un doigt fourré dans le cul du Sénégal ! C’est qu’il avait fallu à la fin du XIXème siècle ménager les susceptibilités des impérialismes, européens en lice. Les frontières constituent des vestiges d’une époque qui a vu l’Europe transférer sa culture, implanter nombre de ses références en Afrique,en procédant d’ailleurs à une domestication de l’espace  soumise dorénavant au modèle industriel et marchand. La notion de frontière, apparaît, dès lors, comme découlant d’un modèle culturel, d’un système économique, ainsi que d’une historicité singulière. Certes l’Afrique avait ses aménagements spécifiques dont on peut penser qu’elles ne furent ni figées ni cloisonnées hermétiquement, au vu de la très longue histoire de ce continent faite de miscibilité et de métissages. Par ailleurs, est-on certain que le mot frontière, tel que nous l’avons hérité de l’Europe du XIXème siècle avec ses connotations spécifiques, correspond en tout point aux réalités caractéristiques des strates précoloniales ? Rien n’est moins sûr. Si par ailleurs les postulats de base comportent un vice rédhibitoire, en l’occurrence un européo-centisme à rebours, à tout le moins une confusion de genres due à une improbable symétrie, comment dès lors escompter une mise en œuvre acceptable du débat ? Si l’on en croit nos poncifs scolaires, la Conférence de Berlin fut convoquée afin de procéder «au partage de l’Afrique ». Sans être parfaitement erronée, cette assertion est pourtant sommaire. En réalité, elle fait bon marché d’un long processus en action depuis au moins le quinzième siècle qui vit se déployer une «véritable épopée des découvertes  géographiques » dont la palme revint incontestablement aux navigateurs portugais . Il est indéniable que les assises de Berlin constituent une étape cruciale dans le long et complexe processus historique qui conduit de la phase de « découvertes géographiques majeures » , à celle des explorations puis à la colonisation en tant que telle. L’influence de l’Europe sur le continent noir est pour le moins sensible avant même la tenue de la Conférence de Berlin, elle s’affirme pour lors sous l’égide du commerce et de l’évangélisation. Au regard de ces éclairages et de toute une série de références tout aussi cruciaux qu’il serait fastidieux de développer ici, il serait plus judicieux de considérer la Conférence de Berlin à la fois comme l’aboutissement d’un processus ancien et comme un point de départ. Cette conférence qui a marqué au feu rouge nos mémoires fut convoquée afin d’éviter que les rivalités coloniales ne débouchâssent sur des conflits armés globalement préjudiciables aux impérialismes soumis à rude concurrence. Elle devait aboutir à la mise en couvre d’une «sorte de jurisprudence d’une éventuelle expansion coloniale  ». Il convient toutefois de rappeler la question majeure dont les assises de Berlin eurent à débattre : le sort du Congo, placé alors sous la bannière de l’A.I.A (Association Internationale Africaine) d’essence léopoldienne . En tant que telles, les délimitations frontalières de ce territoire, qui allait se muer avec l’onction des puissances de l’époque en Etat Indépendant du Congo, ne furent pas arrêtées à cette occasion. Elles le seront en fonction de toute une succession de traités de partage entre 1890 et 1914. En dehors du Congo, des traités de même acabit furent conclu dès 1871, dans la foulée de la «course au clocher », le trop fameux «scramble » des Anglo-saxons.

Qu’on est donc loin des poncifs agités à l’entame de la «deuxième guerre du Congo » par Pasteur BIZIMUNGU, ci-devant président du Rwanda, qui réclamait à cor et à cri «un Berlin II » !

Les arguments de ceux qui plaident de façon péremptoire pour la révision des frontières d’héritage colonial ainsi que pour le démantèlement de l’Etat postcolonial coupable de tous les maux à leurs yeux ne sont pas négligeables.

Les tenants de cette école dressent un bilan peu glorieux à l’actif de la plupart des Etats contemporains de l’Afrique subsaharienne. Ont-ils réellement tort de stigmatiser des maux répandus qui ont noms : la faillite économique et sociale, l’anémie subséquente à l’évacuation de l’éthique politique et des normes sociales, les conflits ethniques avec leur chapelet macabre de pogroms, déportations et massacres ciblés ayant culminé au Rwanda, en véritable génocide ? Par ailleurs n’ont-ils pas beau jeu de mettre le doigt sur la dichotomie entre les normes de gestion qui régissaient la vie traditionnelle d’antan et ceux  découlant d’une modernité mal maîtrisée voire bancale, source de marginalisation pour le plus grand nombre de citoyens ? En outre, nombre des Etats africains d’aujourd’hui constituent pour les détracteurs des systèmes politiques postcoloniaux des amalgames d’ethnies sans le ciment d’une réelle cohésion  nationale. Afin de prendre en compte,  au mieux, la donne ethnique et de la transformer en fonction de développement, les amateurs de révisions frontalières clament le retour aux délimitations d’antan. Or leur discours s’avère ambivalent. De nombreux royaumes ainsi que des empires emblématiques de cette Afrique ancestrale s’étaient effondrées et morcelées bien avant l’avènement de la colonisation. En outre, l’ancrage des entités politiques sur des espaces ethniquement homogènes n’est qu’un leurre au mieux une chimère intellectuelle. Faire correspondre les espaces ethniques ainsi que les aires linguistiques en les érigeants an autant de blocs culturels distincts et cloisonnés revient à cautionner bien des dérives de science coloniale depuis longtemps battue en brèche et pour cause. Faut-il  par ailleurs, parler de frontières là où elles n’existaient pas ? N’est-ce pas une récusation  de l’Afrique d’antan en phase avec son historicité singulière ? L’Afrique qu’on le veuille ou non a intériorisé sous le choc et dans le déchirement des critères d’organisation spatiale, économique et sociale qui pour exogènes qu’ils soient par essence, façonnent son identité de manière irréversible. Réveiller les irrédentismes, cultiver le régionalisme et le séparatisme, au nom du tribalisme,  serait suicidaire. Au surplus la révision des frontières se heurte au principe de l’intangibilité des délimitations territoriales issus de la colonisation, édicté par la charte fondatrice de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.). C’est véritablement un cheval de Troie dont se servent pour l’heure des dirigeants politiques mus par l’ambition autant que par la volonté de s’enrichir au détriment de leurs voisins affaiblis. A cet égard la République Démocratique du Congo constitue un cas emblématique et l’on dirait tout autant symptomatique. Le récent rapport de l’ONU sur les causes et les rouages de la guerre qui s’y déroule remet bien  de pendules à l’heure. Le pillage des richesses de cet Eldorado minier par les protagonistes du conflit avec pour épiphénomène une révision de facto des délimitations territoriales de ce pays en faveur du Rwanda et de l’Ouganda en dit long sur la question de frontières. Alors que partout dans le monde, en ce compris le continent africain,  des espaces régionaux se créent et se causolident en opérant le plus souvent par le décloisonnement voire par la suppression de frontières internes en tant qu’obstacles au libre échange et à la circulation des personnes, préconiser le retour à d’improbable frontières d’antan constitue une démarche anachronique susceptible de déboucher sur le chaos. Qu’on se le dise ! Antoine TSHITUNGU KONGOLO