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06/01/2011

EXPO: VISAGES DE PAUL PANDA FARNANA

EXPOSITION

 A l’ESPACE SENGHOR, Chaussée de Wavre 366 du   10 janvier au 8 février 2011

 

VISAGES DE PAUL PANDA FARNANA

 

 

 

 

 

 

 

Pour commencer

 

 

Multiples sont les visages de Paul Panda Farnana, premier Congolais détenteur d’un diplôme d’enseignement supérieur, fonctionnaire de la colonie, combattant de la Grande guerre (1914-1918) sous le drapeau belge, fondateur de l’Union Congolaise, militant du panafricanisme, précurseur du nationalisme congolais,

avocat de l’égalité de races, de la cause de femmes, des enfants mulâtres, fondateur d’une école pour Congolais en Belgique , entrepreneur, correspondant de presse, orateur redouté et plume au service du Congo et des Congolais…

 

Sans aucune prétention à l’exhaustivité, l’exposition « Les visages de Paul Panda Farnana » invite à la découverte d’une figure emblématique, sinon unique pour son époque, dont l’héritage politique, intellectuel et humain s’impose par sa pérennité et son actualité.

 

L’homme dont la voix retentit encore avec justesse plus d’un siècle après sa disparition avait mis le doigt sur les insuffisances du système de gestion, alors en vigueur au Congo, sans jamais tomber dans les manichéismes ni succomber à un quelconque racisme. Il fut un adepte du débat intellectuel et son propos anticipait de plusieurs décennies bien de questions  brûlantes bien de notre époque en termes de projets éducatifs et de modèles efficients de gestion.

Ses discours, ses articles, ses écrits étaient imprégnés, au-delà de la polémique, des idéaux humanistes et universalistes qui ont modelé son enfance et sa jeunesse en Belgique.

 

Il est véritablement le précurseur du nationalisme congolais comme projet politique alternatif au système colonial et seul capable, à ses yeux, d’ériger une société égalitaire, débarrassée de tout racisme et voué à la promotion de la population congolaise dans tous les domaines.

Il en appelle au passé prestigieux des anciens royaumes africains pour prôner la participation des chefs coutumiers aux instances décisionnelles du Congo et pose clairement la question de la participation des Congolais au système de démocratie représentative.

Il inscrit l’histoire du Congo – et de l’Afrique- dans la lignée de royaumes prestigieux d’antan dont le lustre plaide pour une véritable renaissance des peuples du bassin du Congo, et de l’homme noir partout dans le monde.

 

En bonne place dans son cahier de revendications figure l’africanisation du cadre de l’administration et notamment l’accès des Congolais méritants aux plus hautes fonctions de l’administration du Congo.

Une telle réforme suppose l’abandon des critères pigmentaires afin de privilégier le mérite ainsi que l’instauration d’une égalité absolue.

 

 

Paul Panda Farnana partage avec W.E.B. Dubois et bien d’autres le rêve d’une Renaissance africaine inséparable de l’avènement de l’indépendance des peuples de couleur dont la Conférence de Bandung en 1955 quelques décennies plus tard marquera une étape cruciale.

 

Dans le domaine de l’éducation, il s’est illustré dès 1919 par des propositions audacieuses consignées notamment dans sa lettre au Roi Albert 1er à savoir :

la création d’un établissement d’enseignement universitaire sur le sol même du Congo à l’usage des Congolais, l’ouverture d’écoles pour infirmières et infirmiers, d’établissements spécialisés pour initier à la gestion dans une optique moderne les futurs chefs coutumiers.

 

Il a défendu bien d’autres causes encore qui renforcent son image de précurseur , d’homme engagé, de leader désintéressé et souvent en avance de plusieurs coudées sur son époque.

C’est ainsi qu’il a défendu bec et ongles « les ménagères », concubines congolaises de coloniaux exigeant qu’il leur soit accordé les droits d’épouses légitimes, ce qui était loin d’être le cas.

De même s’est-il fait l’avocat des enfants mulâtres au statut problématique dans une société alors acquise à la stricte catégorisation des races. Des enfants trop souvent victimes de l’abandon par leurs géniteurs belges.

 

En tous les cas la trajectoire singulière de Paul Panda Farnana eut été inimaginable sans la générosité, l’affection, la protection et le soutien constant et quasi inconditionnelle de Louise Derscheid, sa seconde mère, sa marraine, à la fois pianiste virtuose et professeur de piano qui l’initia à la musique et lui prodigua une éducation placée sous le signe de l’ouverture, de la curiosité scientifique, et de l’amour de la nature, dans le respect des principes humanistes et universalistes.

 

 

 

Antoine Tshitungu Kongolo

Commissaire de l’exposition

 

14/04/2010

Paul Panda Farnana: une trajectoire exceptionnelle

Cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo

                                                              Communiqué

 

Paul Panda Farnana : un Congolais d’exception 

M.M. Zana Aziza Etambala et Antoine Tshitungu Kongolo publieront courant 2010 un ouvrage de référence consacré au premier nationaliste congolais.

Fruit de plusieurs années de recherches menées avec constance et opiniâtreté par les Docteurs Zana Aziza Etambala, historien et professeur à la KUL, et Antoine Tshitungu Kongolo, écrivain et chercheur, l'ouvrage à paraître aux Editions Hibiscus, se focalise sur la personnalité hors-normes de Paul Panda Farnana, nationaliste congolais, panafricaniste, intellectuel engagé et homme de culture.

Né à Nzemba , près de Moanda, au Congo, éduqué en Belgique et en France, fonctionnaire dans son pays, fondateur et animateur de l’Union Congolaise de Belgique, la trajectoire de Paul Panda Farnana fascine et interpelle.

Nombreuses sont les personnalités marquantes de la scène belge, française, africaine et internationale qu’il eut à côtoyer de son vivant : Paul Otlet, Henri Lafontaine, Blaise Diagne, W.E.B. Du Bois, Benito Sylvain, de Maghalaens, Henri Rolin, etc.

Son engagement ainsi que sa contribution aux débats d’idées, sous-tendus par un idéal humaniste, dans la période de l’entre-deux-guerres, sont toujours d’actualité . Nombre de questions qu’il a soulevées concernant le devenir de la République Démocratique du Congo et de l’Afrique dans son ensemble, au seuil du 21ème siècle demeurent pertinentes.

Les auteurs de cet ouvrage riche de documents inédits ont mené des recherches dans les archives tant privées que publiques en Belgique, en République Démocratique du Congo, en France, aux Etats-Unis, au Portugal, etc.

Cet ouvrage éclaire, au-delà d’un homme, d’un destin et d’une trajectoire insignes, l’histoire de la de la Belgique et de la République Démocratique du Congo dont elle éclaire bien de pans méconnus ou occultés.

HIBISCUS EDITEUR

BRUXELLES

25/11/2007

Nos ancêtres les anciens combattants

Nos ancêtres les anciens combattants, acteurs de l'Histoire
 
Mon propos dans les lignes qui suivent est d'apporter au public quelques éclairages idoines sur la participation des soldats congolais aux deux guerres d'envergure mondiale qui ont marqué le siècle écoulé de leur empreinte tragique. Il s'agit de la Grande guerre de 1914 à 1918 et celle de 1940 à 1945 auxquelles des soldats congolais sous la bannière de la Force publique (ou comme volontaires) ont pris part tant en Europe qu’en Afrique et ailleurs dans le monde.
Si la contribution des tirailleurs sénégalais pendant la grande guerre à été souvent mise en évidence, le rôle des Congolais aura été quelque peu occulté et ses enjeux dans les relations du Congo et de la Belgique peu étudiés. Les générations actuelles tant en Belgique qu'au Congo manquent de repères sur le rôle des anciens combattants notamment ceux qui se sont signalés sur les champs de bataille en Belgique.
Ce retour sur l'histoire comporte de nombreux enjeux et non des moindres.
Il s'agit de restituer autant que faire se peut à la communauté congolaise de Belgique une part trop souvent méconnue et pourtant essentielle de sa mémoire. De permettre au public de mesure la contribution des Congolais à travers leur bravoure et leurs sacrifices à la survie de la Belgique. De restituer la trame de la présence congolaise en Belgique avec  sa charge historique et  sa dimension humaine. De lutter contre le racisme qui se fonde le plus souvent sur une mémoire tronquée pour stigmatiser les étrangers et nier de ce fait même la dette morale que la Belgique a contractée vis-à-vis de leurs ancêtres sur les champs de bataille de l'Europe.
Il s'agit de poser les jalons d'une nouvelle lecture de l'histoire belgo congolaise et euro africaine, de redonner un visage et une voix aux combattants congolais de deux grandes guerres et de les réhabiliter comme des véritables acteurs de l'histoire de la Belgique.
Cette dernière leur doit pour une bonne part la sauvegarde de ses libertés démocratiques menacées par la barbarie.

La lecture des articles de presse relatifs à la commémoration qui a eu lieu le 11 novembre 2007 à la Colonne du Congrès devant le monument au Soldat Inconnu laisse pantois. Aucune allusion aux combattants africains en l'occurrence les Tirailleurs sénégalais et les soldats congolais qui se sont battus sur les champs de bataille tant en Belgique- et notamment sur le front de l'Yser- qu'en Europe et ailleurs dans le monde. Nombreux furent tués; certains connurent une dure captivité en Allemagne. Parmi les rescapés, des invalides qui s'installeront en Belgique, sur le sol de la Mère Patrie. La création de l'Union Congolaise (société de secours mutuel et de développement de la race congolaise), la doyenne des associations congolaises de Belgique, par Paul Panda Farnana et ses compagnons pour la plupart des soldats rescapés de la boucherie de 1914-1918, visait à la reconnaissance de droits des vétérans de la Grande Guerre. Une des revendications emblématiques inscrites dans leur cahier de doléances consistait en l'érection d'un monument au Soldat Inconnu Congolais, voeu qui demeure à ce jour lettre morte.

Il sied de réhabiliter la mémoire des combattants de deux guerres du XX° siècle sur les champs de bataille de l'Europe (notamment sur le front de l'Yser), mais aussi en Afrique (e.a. Tabora, Mahenge, Kameroun, Saio, Assosa) et ailleurs dans le monde (e.a. Birmanie, Palestine). Cette réhabilitation passe par une relecture de l'histoire à même de combler les trous de mémoire, de réparer les omissions volontaires ou non. Ce qui implique la mise en oeuvre d'un important chantier loin des manipulations démagogiques et des récupérations malsaines des uns et des autres. Ce serait d'autant plus malvenu que les membres de l'Union congolaise se battaient pour un monde plus juste, plus soucieux de l'égalité entre les hommes, par-delà les barrières raciales. Eloignés de leur pays, le Congo, ces anciens combattants ne purent par la force des choses prendre la tête d'un vaste mouvement d'autonomie dont pourtant ils esquissèrent les grandes lignes.

 Antoine Tshitungu Kongolo

Ecrivain