Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Belgique - Page 5

  • Rencontre littéraire des éditions Mabiki

     

    Rencontre littéraire des éditions Mabiki

    Le Sa 06/10 de 16 à 20h à Wavre

    Les éditions Mabiki organisent une rencontre littéraire avec les auteurs congolais qu’elles éditent. J.-M. Murairi, Thomas Muan'Ambuta et Vincent Lombume qui viennent du Congo, et Bienvenu Sene Mongaba et Antoine Tshitungu, qui vivent en Europe. Seront aussi présents Kojélé Makani et Andrazzi Mbala, dessinateurs de BD, et Pie Tshibanda (sous réserve).

    Programme :

    • De 16 à 18h : séances de dédicaces et dialogues informels avec les auteurs
    • De 18 à 20h : entretien des auteurs avec le public autour du thème " La vie congolaise au jour le jour"

    Renseignements pratiques :

    Hall sportif AS Beauchamp au Village Expo de Limal (Wavre)
    Autoroute E411, sortie 5 (Rixensart Bierges)
    Train : gare de Rixensart puis bus TEC arrêt Q8.

    Contact :

    Bienvenu Sene Mongaba
    Tél. : 0495 48 97 50
    editionsmabiki@yahoo.fr
    www.mabiki.centerall.com

     Antoine Tshitungu Kongolo en quelques mots:
     Docteur ès Lettres de l'Université de Lille III, Antoine Tshitungu Kongolo, essayiste, nouvelliste, romancier et poète, est lauréat de plusieurs prix littéraires internationaux.
    Le prix Nemis( Pablo Neruda -Gabriella Mistral) du Chili pour l'Afrique Noire francophone lui fut attribué en 1985(ex-aequo avec André Yoka Lye Mudaba) pour sa nouvelle "L'Albinos".Il obtint le premier prix Nemis en 1986 pour "Interdit aux pauvres", nouvelle.
    C'est un nouvelliste chevronné, doublé d'un observateur sagace dont les récits, marqués au coin par la dérision, nous font découvrir , au fil des pages, des scènes du quotidien, sous des angles inattendus.
    Dans Kimpalanda ou Le lac sulfurique, à paraître le 6 octobre 2007 aux Editions Mabiki, il a réuni quatre de ses nouvelles.
    La nouvelle éponyme décrit le sort peu enviable réservé aux partisans de Lumumba, après l'assassinat du premier ministre congolais.En raison de sa stupéfiante ressemblance avec P.-E. Lumumba, le père du narrateur de ce récit est jeté dans la triste geôle de Kimpalanda sans autre forme de procès.
    "Le sacrifice" décrit avec une implacable justesse la descente aux enfers des employés de la Compagnie de chemin de fer menacés de licenciement.Afin d'échapper à ce dégraissage qui s'annonce sélectif, un cheminot convaincu d'avoir trouvé la parade suprême se voit pris à son propre piège.Ce texte a été adapté en bande dessiné par Pie Tshibanda W.B. et Senga Kibwanga et publié par Vincent Engel dans le cadre de "L'Année Nouvelle".
    Par ailleurs, le conteur Maurice Boyikasse Bua Fuomo en a tiré une adaptation radiophonique, réalisée dans les studios de la RTBF avec le concours de Ronald Theunen, laquelle fut primée par Radio France internationale qui en a assuré la diffusion dans l'ensemble de l'espace francophone(e.a Belgique,Québec, Suisse, Afrique noire etc.)grâce à 22 radios partenaires.
    "A Suivre" évoque les visages torturés du quotidien en Afrique centrale, à l'heure de massacres, pogroms, et autres  exils intérieurs.
    Quant à "Métro", c'est une plongée dans le microcosme du métro bruxellois.Une refugiée ne parlant ni français ni néerlandais, de surcroît analphabète affronte les sarcasmes d'une matrone.
    Avec courage, un passager prend fait et cause pour elle.La scène finale se déroule face à la fresque de Chéri Samba à la porte de Namur.
    Ces quatre nouvelles peuvent se lire, encore qu'il ne faille pas s'en tenir à ce qui est le plus explicite, comme autant de portraits du quotidien avec ses facettes sombres et lumineuses.
  • Le français au Congo 2

    Mes ancêtres ont été excessivement marqués par une monstrueuse frustration , engendrée par une politique éducative qui, sous couleur de respecter  les peuplades locales(sic)et de préserver leur âme, empêcha systématiquement les Congolais de s’approprier la langue française. Sans doute de crainte qu’elle ne fût aussitôt retournée contre les maîtres.

    Les tensions furent vives entre « bantouistes » ou « indigénistes », contempteurs de toute forme d’assimilation, et les « Européanistes » qui plaidaient, au nom de la modernité, l’enseignement de langues européennes au Congo belge.

    A cette aune, l’on ne peut que comprendre l’appel reccurent à une généralisation de l’enseignement du français dans « La Voix du Congolais », à la veille même de l’indépendance du Congo, en 1960.

    Cette insistance n’est guère gratuite puisque ceux qui connaissent le français sont les interlocuteurs obligés des Belges.C’est donc parmi les anciens élèves de séminaires essentiellement que se recrutent les évolués. La plupart des leaders , Patrice Lumumba est une exception qui confirme la règle, sont en effet des anciens séminaristes.

    Ce dernier, partisan échaudé de la communauté belgo-congolaise prononce un discours de rupture le 30 juin 1960.C’est par une harangue mémorable de par sa charge rhétorique qu’il répond , sans y être  formellement invité au discours du roi des Belges, qui avait préconisé que la Belgique accordât l’indépendance au Congo « sans précipitation inconsidéré ni atermoiements funestes ».

    La langue est ici ( allusion au discours de Patrice Lumumba)au service d’une vision de l’histoire coloniale en contradiction avec les mythes boursouflés de la colonie modèle.Lumumba dévoile dans une envolée lyrique digne des révolutionnaires d’antan , sa lecture de la colonisation , imprégnée de principes de droits de l’homme. Il a beau jeu de démontrer à travers quelques exemples habilement choisis les manquements du colonisateur à l’idéal de fraternité et d’égalité.

    Ce qu’on considéra -à tort-comme un crime de lèse-majesté constitue un monument rhétorique de premier ordre qui rendait avec un relief pour le moins inouï le vécu peuple opprimé.L’orateur Lumumba renversait en même temps les repères convenus ; le pupille s’imposait en maître incontesté du verbe, et le maître prenait soudain la mesure de la liberté prise à son corps défendant.

    N’est-ce pas une ironie de l’histoire que Lumumba ait pu se servir avec une telle maîtrise

    de la langue de Molière et de Vaugelas, lui le rejeton de ce peuple à qui l’enseignement de la langue française n’avait été concédée pour ainsi dire qu’à dose homéopathique ?

    Lumumba ne recherchait pas les béatitudes celestes mais voulait la liberté pour son peuple.

     Oui, parler français ne mène pas au ciel comme le disait un missionnaire flamand , mais tout dépend de l'usage qu'on en fait!

     

    Antoine Tshitungu Kongolo

  • « Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

     

     

     

    « Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

    (propos d’un missionnaire flamand)

     

     

    Quelle perception avaient les Congolais de la langue française ?

    Il me semble tout indiqué de prendre en compte toute une série d’expressions du cru afin de répondre au mieux à cette question qui vaut son pesant d’or.

    Trois de ces expressions déposés au fond de ma mémoire m’interpellent tout particulièrement.

    1. « Parler français ne vous conduira pas au ciel ! dixit un missionnaire flamand,  s’adressant à ses ouailles congolaises.
    2. « Le français c’est la chair de l ‘éléphant » : dicton congolais.

     

    Par cette expression imagée, mes ancêtres rendaient compte de leur émerveillement ainsi que de leur déception au contact d’une langue certes fascinante  mais hérissée de mille chausse-trapes.C’est aussi une mise en garde lancée, à tous, jeunes et moins jeunes, pour leur signifier que le français leur réservera toujours des surprises.Prétendre en maîtriser les subtilités ne peut relever que de la fatuité sinon de l’ignorance. Comme si les vieux de la brousse avaient deviné l’infinie richesse d’une langue dont ils ne détenaient à vrai dire que des bribes.

     

    1. « Le français, c’est un couteau qu’on aiguise ».

     

     

     Cette expression populaire met en exergue la patience de celui qui voudrait s’approprier la langue de Vaugelas.Il lui faudrait sans cesse soumettre ses acquis à l’épreuve.Affûter la lame du couteau, c’est lui donner le tranchant nécessaire.Un esprit subtil, un homme fin est souvent comparé à un couteau bien aiguisé.

     

    Il ressort de ce qui précède que le français n’est pas opposable aux langues locales.

    Somme toute sa perception s’avère positive.Il est considéré comme un outil de prestige

    certes, mais aussi de connaissance et d’ouverture.Il fascine d’autant plus qu’il passe pour un fruit interdit dans l’Empire belge.

     

    « Viande d’éléphant », «  couteau qu’on aiguise », autant de paradigmes d’une appropriation factuelle et symbolique, difficultueuse et parfois dramatique de la langue de Molière et de Richelieu , par les indigènes de l’Afrique centrale.

    Langue enseignée à des privilégiés triés sur le volet, en particulier les élèves des séminaires, impétrants à la vie sacerdotale, le français n’en sera que plus auréolé.Son apprentissage vaudra tous les sacrifices pour tous ceux que le système scolaire de type pyramidale aura laissé sur la route.

    Pour les Congolais, du temps de mes pères, le français constitue la voie royale qui devrait leur permettre de sortir du ghetto découlant de la colonisation belge, et que résume bien l’expression « empire du silence ».

     

    Antoine Tshitungu Kongolo