Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Quelle conscience écologique en République Démocratique du Congo?

Où en est la conscience écologique en République Démocratique du Congo ? Le système éducatif congolais est-t-il à même de forger une prise de conscience irréversible des dangers engendrés par les modes d’exploitation de ressources naturelles qui hypothèquent le devenir commun de l’humanité ? La République Démocratique du Congo est une véritable arche de la diversité. Cependant celle-ci est menacée de toutes parts : conflits armés, braconnage, déforestation, l’exploitation minière tant industrielle qu’artisanale. Plus fondamentalement peut-être le système éducatif congolais de par ses contenus et ses méthodes ne permet guère aux générations actuelles de s’approprier à bon escient ce patrimoine dans une optique d’exploitation durable et de préservation. C’est toute la problématique cruciale de l’adéquation entre système éducatif et nécessité de protéger l’environnement et de promouvoir des modèles d’exploitations durables et innovants en tenant compte de la transmission intergénérationnelle. Car protéger la nature aujourd’hui c’est garantir la pérennité de la biosphère.

Où en est la conscience écologique en République Démocratique du Congo ? Le système éducatif congolais est-t-il à même de forger une prise de conscience irréversible des dangers engendrés par les modes d’exploitation de ressources naturelles qui hypothèquent le devenir commun de l’humanité ? La République Démocratique du Congo est une véritable arche de la diversité. Cependant celle-ci est menacée de toutes parts : conflits armés, braconnage, déforestation, l’exploitation minière tant industrielle qu’artisanale. Plus fondamentalement peut-être le système éducatif congolais de par ses contenus et ses méthodes ne permet guère aux générations actuelles de s’approprier à bon escient ce patrimoine dans une optique d’exploitation durable et de préservation. C’est toute la problématique cruciale de l’adéquation entre système éducatif et nécessité de protéger l’environnement et de promouvoir des modèles d’exploitations durables et innovants en tenant compte de la transmission intergénérationnelle. Car protéger la nature aujourd’hui c’est garantir la pérennité de la biosphère.

 

 

                                            

       Pour l’émergence d’une conscience écologique en République Démocratique du Congo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Où en est la conscience écologique en République Démocratique du Congo ? Le système éducatif congolais est-t-il à même de forger une prise de conscience irréversible des dangers engendrés par les modes d’exploitation de ressources naturelles qui hypothèquent le devenir commun de l’humanité ? La République Démocratique du Congo est une véritable arche de la diversité. Cependant celle-ci est menacée de toutes parts : conflits armés, braconnage, déforestation, l’exploitation minière tant industrielle qu’artisanale. Plus fondamentalement peut-être le système éducatif congolais de par ses contenus et ses méthodes ne permet guère aux générations actuelles de s’approprier à bon escient ce patrimoine dans une optique d’exploitation durable et de préservation. C’est toute la problématique cruciale de l’adéquation entre système éducatif et nécessité de protéger l’environnement et de promouvoir des modèles d’exploitations durables et innovants en tenant compte de la transmission intergénérationnelle. Car protéger la nature aujourd’hui c’est garantir la pérennité de la biosphère.

Face à la menace d’écocide

Que faire face à la menace d’écocide qui pèse sur l’humanité du fait d’une mondialisation sauvage ? Que faire pour promouvoir un nouveau paradigme en termes d’exploitation de ressources naturelles en RDC et dans le monde ? Quelle éducation pour l’homme d’aujourd’hui et de demain afin qu’il se débarrasse des camisoles d’une conception prométhéenne de l’humain et de l’histoire ? Comment nouer un nouveau pacte entre l’Homme et la Nature ? Quelles valeurs inscrire au cœur de nouvelles pédagogies indispensables pour modifier les fondamentaux et éviter le chaos ? Comment faire émerger un consensus planétaire autour des questions vitales de l’environnement ? Comment faire pour des comportements plus solidaires de manière à ménager l’avenir de l’homme sur cette terre « son oasis » dans le cosmos ?

La notion de conscience écologique, forgée par Edgar Morin, a le mérite de soulever les questions liées à l’éducation du futur ; elle permet de surcroît d’esquisser les contenus et les finalités d’un modèle éducatif plus conformes aux enjeux planétaires, en rupture radicale avec les mythes d’un progrès sans fin, fondé sur la soumission totale de la nature par l’homme grâce à la science.

Il nous faut changer radicalement nos modes de pensée, notre rapport à la nature, nos modèles de production de biens et de services, renoncer au consumérisme, refuser que la loi du profit soit la norme absolue, l’Alpha et l’Oméga. Il nous faut revoir nos fondamentaux. Cela d’autant plus que la mondialisation en est arrivé à réduire l’homme, lui-même, à une marchandise, sous le rouleau compresseur de la globalisation financière.

C’est de l’homme que viendra le changement pourvu qu’il change lui-même fondamentalement. Pour ce faire la refonte complète de nos systèmes éducatifs est un préalable. La biosphère est en danger en raison principalement de l’inadéquation entre nos connaissances et les défis auxquels l’humanité est confrontée.

Les problèmes environnementaux de notre temps ne peuvent trouver des solutions que si l’on prend en compte leur complexité.

Du compartimentage excessif de la science

Le compartimentage excessif de la science contemporaine ne permet plus d’entrevoir les interactions entre les disciplines, entre les parties et le tout. Cet état d’esprit rend inefficace la science contemporaine. Or précisément les questions environnementales réfutent par leur complexité les approches fragmentaires. Il invite à une prise de conscience intégrale des limites de la science aussi bien que des conséquences néfastes découlant de la volonté de dominer la nature. Il exhorte à vivre en symbiose avec elle. La nature ne doit plus être assimilée à un objet de consommation. De ce fait il est urgent d’abandonner les modèles économiques du passé inscrits dans le sillage de la révolution industrielle. C’est une véritable rupture épistémologique que prône le philosophe et sociologue français.

Quel est l’état de lieux de nos connaissances scientifiques et de nos savoirs –faire technologiques ? Comment en faire bon usage de manière à échapper au risque réel d’écocide ?

Le paradigme écologique exige le renouveau de nos connaissances qui ne sont pas « reliées » et qui de ce fait ne peuvent répondre adéquatement aux défis écologiques. Les connaissances s’enrichissent dans la relation et dans la dissémination et non dans la fragmentation. Les relier leur donnera la capacité de conjuguer le particulier et le global. La dialectique particulier/ global doit sous-tendre l’interdisciplinarité. Il faut sortir de l’accumulation de connaissances éparses qui ne permettent pas de tout inscrire dans une perspective globale. Or les problèmes écologiques exigent de par leur complexité des approches transdisciplinaires. Bien plus, Morin se plaît à souligner que l’Occident n’a pas le monopole du rationnel, de la beauté et de l’efficacité. Qui plus est la prévalence de la rationalité dont les Occidentaux se targuent n’est qu’illusion. Car la rationalité n’est pas le seul chemin de la connaissance. Il n’y a donc pas de raison de l’ériger en valeur par excellence. La culture de demain se doit d’évacuer l’impérialisme et ses avatars et se montrer poreuse à la pluralité culturelle. Le mépris professé à l’égard des peuples colonisés dissimule le fait que ces derniers sont les dépositaires d’une autre vision de la nature, basée sur l’équilibre entre l’homme et son environnement, aux antipodes des tropismes prométhéens.

                                       Se défaire du culte de la rationalité

La science doit certes se plier aux nécessités de la rationalité mais a besoin pour ses exploits de l’imaginaire pour trouver du nouveau. Pour ce faire l’abandon de l’idée selon laquelle la destinée de l’homme est de soumettre la nature se doit d’être abandonné. Car les ressources de la terre sont menacées d’épuisement du fait d’une exploitation soumise à des logiques financières qui régentent la globalisation. L’homme n’agit pas toujours comme un être rationnel car il est en proie au désir. Et le désir de domination servi par la science peut mener à bien d’excès. Imaginer que l’arsenal de connaissances scientifiques permettrait à l’homme de soumettre la nature relève de la chimère. Le tropisme prométhéen qui a gagné la planète à la faveur de l’expansion de l’Occident doit être confronté utilement à d’autres cultures avec leur vision propre du rapport entre l’Homme et la Nature. C’est dans cette optique que Morin plaide pour une culture universelle polycentrée. C’est d’autant plus urgent que l’Occident, aveuglé par le sentiment de sa supériorité a toujours tenu pour quantité négligeable les autres cultures du monde, en particulier dans les contrées où il a établi sa domination.. L’adoption du modernisme par les peuples colonisés a instillé une vision tronquée du progrès au cœur de leurs arsenaux conceptuels.

En clair, les problèmes environnementaux posent de nombreux défis à la rationalité et exigent pour être résolus l’alliance de la science et de la sagesse. L’Occident seule ne peut détenir les solutions. D’autres civilisations, d’autres rationalités sont appelées à des contributions significatives. Et idéalement les efforts au plan planétaire devraient signer un retour à l’équilibre homme nature.

Quel système éducatif ?

L’éducation d’aujourd’hui et de demain devra être un enseignement premier et universel portant sur la condition humaine. Elle doit pouvoir soulever des questions inhérentes à la condition humaine : « Qui sommes-nous ? » ; « où allons-nous ? », « d’où venons-nous ? » ; « où allons-nous ? ». Questions récurrentes, sempiternelles, serait-on tenté de dire. Y répondre revient à dégager les axes d’un paradigme éducatif singulier tenant compte des dimensions de l’humain dans un contexte singulier. Nous ne pouvons ignorer en effet la planétarisation de l’histoire autrement dit le fait que nous vivons et agissons dans un contexte global c’est-à-dire que nous sommes dans l’ère planétaire. D’où la conscience de se reconnaître dans une aventure commune, dans une humanité commune.

L’éducation doit être bâtie sur un terreau humaniste. Il est indéniable que de nombreux obstacles sont à surmonter pour y parvenir. L’acceptation plénière de la diversité humaine paraît un obstacle de taille vu que les systèmes de domination coloniale sont loin d’avoir rendu leurs armes. L’éducation doit permettre de reconnaître la diversité culturelle inhérente à tout ce qui est humain. Le qui sommes-nous doit nous situer, nous enraciner dans la biosphère. Qu’est l’homme en effet sans la biosphère ? Du coup, tenter de comprendre la condition de l’homme exige de tenir compte des apports de la cosmologie, des sciences de la terre, de l’écologie, de la biologie, de la préhistoire dont les apports pourtant fondamentaux sont frappés de disjonction dans les systèmes éducatifs hérités. L’homme est à la fois pleinement biologique et pleinement culturel. L’homme ne s’accomplit que par et dans la culture.

Quelle conscience écologique en République Démocratique du Congo ?

Véritable Eldorado tant au point de vue de son patrimoine environnemental que de ses ressources naturelles, la République Démocratique du Congo cumule hélas tous les paradoxes. Disposant de quelque huit millions d’hectares de terres arables, le Congo est incapable à ce jour d’assurer la sureté ainsi que la sécurité alimentaire de ses habitants. De même, en dépit de ses ressources hydriques incommensurables, l’accès à l’eau potable de la majorité de sa population demeure un défi majeur. L’exploitation de ressources naturelles en pleine expansion échoue à impulser une croissance inclusive qui permettrait la création des emplois ainsi qu’une meilleure répartition de richesses susceptible de contribuer significativement à la réduction de la pauvreté. En un mot comme en cent, la RDC est loin d’être engagée sur la voie d’un développement durable soucieux d’équilibrer le local et le global, de faire bénéficier ses populations de dividendes générées par l’exploitation de ses ressources et de répondre efficacement aux menaces qui pèsent sur son patrimoine environnemental.

En effet, le Congo est une véritable arche de la biodiversité. Il abrite la seconde forêt tropicale du monde après celle de l’Amazonie. La RDC est dotée d’un exceptionnel potentiel en termes de biodiversité : 1000 espèces d’oiseaux, 421 espèces de mammifères, 30 espèces de primates etc.

Cette richesse est menacée de toutes parts : conflits armés, braconnage, déforestation, l’exploitation minière tant industrielle qu’artisanale. Plus fondamentalement peut-être le système éducatif congolais de par ses contenus et ses méthodes ne permet guère aux générations actuelles de s’approprier à bon escient ce patrimoine dans une optique d’exploitation durable et de préservation. C’est toute la problématique cruciale de l’adéquation entre système éducatif et nécessité de protéger l’environnement et de promouvoir des modèles d’exploitations durables et innovants en tenant compte de la transmission intergénérationnelle. Car protéger la nature aujourd’hui c’est garantir la pérennité de la biosphère.

La conscience écologique ne peut être le fait d’individus isolés. Afin de surmonter les méfaits d’une raison purement instrumentale tendant à faire de la nature un objet d’exploitation sans tenir compte du fait que le destin de l’homme et de la nature sont intrinsèquement liées et fondamentalement interdépendantes, les individus doivent réfléchir et agir de concert. Les réseaux communautaires s’avèrent particulièrement efficaces pour contribuer à la conversion écologique. Celle-ci présuppose de renoncer au consumérisme et à ses logiques. A cet égard l’éducation a pour mission de modifier l’attitude vis-à-vis de la nature et de l’environnement. La conscience écologique commence par la possibilité pour l’individu de contempler la nature, de s’émouvoir de ses merveilles, de s’approprier les beautés de la nature par la magie de la communion.

L’école et l’université comme catalyseurs de la conscience écologique

L’école et l’université ont un rôle crucial à jouer pour l’émergence de nouvelles conceptions du développement, de nouveaux modes de production et de consommation. En effet, l’école congolaise d’aujourd’hui comme celle d’hier s’adonne à une mystification de la modernité avec ses artefacts. Elle constitue de ce fait un obstacle pour l’avènement de la conscience écologique comme postulation d’une nouvelle épistèmê.

L’école a été le lieu d’apprentissage d’une modernité coloniale entée sur des antinomies données pour inconciliables : modernité/tradition, religion/ superstition ; civilisés/ sauvages ; agriculture vivrière/ agriculture moderne etc. Ces antinomies ont forgé de types de pensée binaires qui s’accommodent mal avec la nécessité de prendre en compte la complexité du réel tissée de multiples fils aux liens interactifs et rétroactifs. L’école a promue des élites clonées, entraînées dans une course sans fin vers une modernité aussi fascinante que coûteuse à laquelle l’on doit notamment les fameux éléphants blancs qui ont aggravé l’endettement dans les années 70 et 80. Les élites congolaises ont tendance à réfléchir par procuration et à adopter les solutions venues d’ailleurs en renonçant à tout magistère critique. L’école pèche pour avoir porté au pinacle le scientisme, fétichisé le progrès et arrimé le Congo à des conceptions de développement formatés par des organisations internationales. Les moules de pensée binaires ont ainsi rigidifié l’imaginaire et condamné la RDC au mimétisme stérile, à la re-production. En ce début du XXI° siècle, l’école congolaise cultive encore la fâcheuse tendance à séparer sciences et humanités. Et du reste, les programmes demeurent décrochés du milieu physique et environnemental de l’apprenant ainsi que des problèmes sociétaux qui sont censés être les siens. Ceux qui sortent d’un tel système affichent un inquiétant déficit de connaissance afférent à leur milieu naturel. Il en résulte un imaginaire atrophié, dé-raciné, fasciné par l’ailleurs et propice à tous les mimétismes. La richesse de la faune et de la faune congolaise ainsi que ses paysages merveilleux fascinent davantage les étrangers et le reste du monde que les Congolais eux-mêmes. Le système éducatif ne prépare guère les Congolais à contempler la nature, à l’admirer pour ce qu’elle est, à communier avec elle.

L’université a-t-elle œuvré suffisamment pour débarrasser les Congolais des antinomies qui sont à la source de la fragmentation des savoirs ? Travaille-t-elle à créer une alliance entre Science et Philosophie ?

C’est l’ensemble de la société congolaise en l’occurrence qui doit prendre conscience du caractère unique de son patrimoine naturel. Ce qui suppose que l’école soit le lieu où ce patrimoine a pleinement droit de cité, que les savoirs construits et diffusés permettent une connaissance responsable, éclairé et pertinente des richesses dont le congolais est dépositaire. Or la méconnaissance de jeunes congolais et de moins jeunes de leur patrimoine environnemental est vertigineuse. Le plus souvent elle se réduit à un répertoire des clichés hérités de l’ère coloniale, sous-tendus par une logique instrumentale. Ainsi du sempiternel mantra du Congo comme « scandale géologique » qui sous-tend une vision du développement articulée sur l’exploitation de ressources minières. A contrario le Congo comme sanctuaire de la biodiversité constitue un maillon faible dans la chaîne de représentations collectives. En effet, le constat est amer. Un élève congolais du cycle primaire ou secondaire est incapable de nommer et d’identifier cinq arbres de la flore de son pays qui totalise près de 10.000 espèces. C’est donc par l’école et l’université que l’émergence d’une conscience écologique sera effective pourvu que ces institutions mettent à la disposition de la société des savoirs pertinents, des savoirs faire efficients pour faire face aux défis de notre temps qui ont vu l’homo sapiens rompre le pacte avec la nature.

 

                                   Antoine TSHITUNGU KONGOLO

                                                     Université de Lubumbashi

 

 

                                            

       Pour l’émergence d’une conscience écologique en République Démocratique du Congo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Face à la menace d’écocide

Que faire face à la menace d’écocide qui pèse sur l’humanité du fait d’une mondialisation sauvage ? Que faire pour promouvoir un nouveau paradigme en termes d’exploitation de ressources naturelles en RDC et dans le monde ? Quelle éducation pour l’homme d’aujourd’hui et de demain afin qu’il se débarrasse des camisoles d’une conception prométhéenne de l’humain et de l’histoire ? Comment nouer un nouveau pacte entre l’Homme et la Nature ? Quelles valeurs inscrire au cœur de nouvelles pédagogies indispensables pour modifier les fondamentaux et éviter le chaos ? Comment faire émerger un consensus planétaire autour des questions vitales de l’environnement ? Comment faire pour des comportements plus solidaires de manière à ménager l’avenir de l’homme sur cette terre « son oasis » dans le cosmos ?

La notion de conscience écologique, forgée par Edgar Morin, a le mérite de soulever les questions liées à l’éducation du futur ; elle permet de surcroît d’esquisser les contenus et les finalités d’un modèle éducatif plus conformes aux enjeux planétaires, en rupture radicale avec les mythes d’un progrès sans fin, fondé sur la soumission totale de la nature par l’homme grâce à la science.

Il nous faut changer radicalement nos modes de pensée, notre rapport à la nature, nos modèles de production de biens et de services, renoncer au consumérisme, refuser que la loi du profit soit la norme absolue, l’Alpha et l’Oméga. Il nous faut revoir nos fondamentaux. Cela d’autant plus que la mondialisation en est arrivé à réduire l’homme, lui-même, à une marchandise, sous le rouleau compresseur de la globalisation financière.

C’est de l’homme que viendra le changement pourvu qu’il change lui-même fondamentalement. Pour ce faire la refonte complète de nos systèmes éducatifs est un préalable. La biosphère est en danger en raison principalement de l’inadéquation entre nos connaissances et les défis auxquels l’humanité est confrontée.

Les problèmes environnementaux de notre temps ne peuvent trouver des solutions que si l’on prend en compte leur complexité.

Du compartimentage excessif de la science

Le compartimentage excessif de la science contemporaine ne permet plus d’entrevoir les interactions entre les disciplines, entre les parties et le tout. Cet état d’esprit rend inefficace la science contemporaine. Or précisément les questions environnementales réfutent par leur complexité les approches fragmentaires. Il invite à une prise de conscience intégrale des limites de la science aussi bien que des conséquences néfastes découlant de la volonté de dominer la nature. Il exhorte à vivre en symbiose avec elle. La nature ne doit plus être assimilée à un objet de consommation. De ce fait il est urgent d’abandonner les modèles économiques du passé inscrits dans le sillage de la révolution industrielle. C’est une véritable rupture épistémologique que prône le philosophe et sociologue français.

Quel est l’état de lieux de nos connaissances scientifiques et de nos savoirs –faire technologiques ? Comment en faire bon usage de manière à échapper au risque réel d’écocide ?

Le paradigme écologique exige le renouveau de nos connaissances qui ne sont pas « reliées » et qui de ce fait ne peuvent répondre adéquatement aux défis écologiques. Les connaissances s’enrichissent dans la relation et dans la dissémination et non dans la fragmentation. Les relier leur donnera la capacité de conjuguer le particulier et le global. La dialectique particulier/ global doit sous-tendre l’interdisciplinarité. Il faut sortir de l’accumulation de connaissances éparses qui ne permettent pas de tout inscrire dans une perspective globale. Or les problèmes écologiques exigent de par leur complexité des approches transdisciplinaires. Bien plus, Morin se plaît à souligner que l’Occident n’a pas le monopole du rationnel, de la beauté et de l’efficacité. Qui plus est la prévalence de la rationalité dont les Occidentaux se targuent n’est qu’illusion. Car la rationalité n’est pas le seul chemin de la connaissance. Il n’y a donc pas de raison de l’ériger en valeur par excellence. La culture de demain se doit d’évacuer l’impérialisme et ses avatars et se montrer poreuse à la pluralité culturelle. Le mépris professé à l’égard des peuples colonisés dissimule le fait que ces derniers sont les dépositaires d’une autre vision de la nature, basée sur l’équilibre entre l’homme et son environnement, aux antipodes des tropismes prométhéens.

                                       Se défaire du culte de la rationalité

La science doit certes se plier aux nécessités de la rationalité mais a besoin pour ses exploits de l’imaginaire pour trouver du nouveau. Pour ce faire l’abandon de l’idée selon laquelle la destinée de l’homme est de soumettre la nature se doit d’être abandonné. Car les ressources de la terre sont menacées d’épuisement du fait d’une exploitation soumise à des logiques financières qui régentent la globalisation. L’homme n’agit pas toujours comme un être rationnel car il est en proie au désir. Et le désir de domination servi par la science peut mener à bien d’excès. Imaginer que l’arsenal de connaissances scientifiques permettrait à l’homme de soumettre la nature relève de la chimère. Le tropisme prométhéen qui a gagné la planète à la faveur de l’expansion de l’Occident doit être confronté utilement à d’autres cultures avec leur vision propre du rapport entre l’Homme et la Nature. C’est dans cette optique que Morin plaide pour une culture universelle polycentrée. C’est d’autant plus urgent que l’Occident, aveuglé par le sentiment de sa supériorité a toujours tenu pour quantité négligeable les autres cultures du monde, en particulier dans les contrées où il a établi sa domination.. L’adoption du modernisme par les peuples colonisés a instillé une vision tronquée du progrès au cœur de leurs arsenaux conceptuels.

En clair, les problèmes environnementaux posent de nombreux défis à la rationalité et exigent pour être résolus l’alliance de la science et de la sagesse. L’Occident seule ne peut détenir les solutions. D’autres civilisations, d’autres rationalités sont appelées à des contributions significatives. Et idéalement les efforts au plan planétaire devraient signer un retour à l’équilibre homme nature.

Quel système éducatif ?

L’éducation d’aujourd’hui et de demain devra être un enseignement premier et universel portant sur la condition humaine. Elle doit pouvoir soulever des questions inhérentes à la condition humaine : « Qui sommes-nous ? » ; « où allons-nous ? », « d’où venons-nous ? » ; « où allons-nous ? ». Questions récurrentes, sempiternelles, serait-on tenté de dire. Y répondre revient à dégager les axes d’un paradigme éducatif singulier tenant compte des dimensions de l’humain dans un contexte singulier. Nous ne pouvons ignorer en effet la planétarisation de l’histoire autrement dit le fait que nous vivons et agissons dans un contexte global c’est-à-dire que nous sommes dans l’ère planétaire. D’où la conscience de se reconnaître dans une aventure commune, dans une humanité commune.

L’éducation doit être bâtie sur un terreau humaniste. Il est indéniable que de nombreux obstacles sont à surmonter pour y parvenir. L’acceptation plénière de la diversité humaine paraît un obstacle de taille vu que les systèmes de domination coloniale sont loin d’avoir rendu leurs armes. L’éducation doit permettre de reconnaître la diversité culturelle inhérente à tout ce qui est humain. Le qui sommes-nous doit nous situer, nous enraciner dans la biosphère. Qu’est l’homme en effet sans la biosphère ? Du coup, tenter de comprendre la condition de l’homme exige de tenir compte des apports de la cosmologie, des sciences de la terre, de l’écologie, de la biologie, de la préhistoire dont les apports pourtant fondamentaux sont frappés de disjonction dans les systèmes éducatifs hérités. L’homme est à la fois pleinement biologique et pleinement culturel. L’homme ne s’accomplit que par et dans la culture.

Quelle conscience écologique en République Démocratique du Congo ?

Véritable Eldorado tant au point de vue de son patrimoine environnemental que de ses ressources naturelles, la République Démocratique du Congo cumule hélas tous les paradoxes. Disposant de quelque huit millions d’hectares de terres arables, le Congo est incapable à ce jour d’assurer la sureté ainsi que la sécurité alimentaire de ses habitants. De même, en dépit de ses ressources hydriques incommensurables, l’accès à l’eau potable de la majorité de sa population demeure un défi majeur. L’exploitation de ressources naturelles en pleine expansion échoue à impulser une croissance inclusive qui permettrait la création des emplois ainsi qu’une meilleure répartition de richesses susceptible de contribuer significativement à la réduction de la pauvreté. En un mot comme en cent, la RDC est loin d’être engagée sur la voie d’un développement durable soucieux d’équilibrer le local et le global, de faire bénéficier ses populations de dividendes générées par l’exploitation de ses ressources et de répondre efficacement aux menaces qui pèsent sur son patrimoine environnemental.

En effet, le Congo est une véritable arche de la biodiversité. Il abrite la seconde forêt tropicale du monde après celle de l’Amazonie. La RDC est dotée d’un exceptionnel potentiel en termes de biodiversité : 1000 espèces d’oiseaux, 421 espèces de mammifères, 30 espèces de primates etc.

Cette richesse est menacée de toutes parts : conflits armés, braconnage, déforestation, l’exploitation minière tant industrielle qu’artisanale. Plus fondamentalement peut-être le système éducatif congolais de par ses contenus et ses méthodes ne permet guère aux générations actuelles de s’approprier à bon escient ce patrimoine dans une optique d’exploitation durable et de préservation. C’est toute la problématique cruciale de l’adéquation entre système éducatif et nécessité de protéger l’environnement et de promouvoir des modèles d’exploitations durables et innovants en tenant compte de la transmission intergénérationnelle. Car protéger la nature aujourd’hui c’est garantir la pérennité de la biosphère.

La conscience écologique ne peut être le fait d’individus isolés. Afin de surmonter les méfaits d’une raison purement instrumentale tendant à faire de la nature un objet d’exploitation sans tenir compte du fait que le destin de l’homme et de la nature sont intrinsèquement liées et fondamentalement interdépendantes, les individus doivent réfléchir et agir de concert. Les réseaux communautaires s’avèrent particulièrement efficaces pour contribuer à la conversion écologique. Celle-ci présuppose de renoncer au consumérisme et à ses logiques. A cet égard l’éducation a pour mission de modifier l’attitude vis-à-vis de la nature et de l’environnement. La conscience écologique commence par la possibilité pour l’individu de contempler la nature, de s’émouvoir de ses merveilles, de s’approprier les beautés de la nature par la magie de la communion.

L’école et l’université comme catalyseurs de la conscience écologique

L’école et l’université ont un rôle crucial à jouer pour l’émergence de nouvelles conceptions du développement, de nouveaux modes de production et de consommation. En effet, l’école congolaise d’aujourd’hui comme celle d’hier s’adonne à une mystification de la modernité avec ses artefacts. Elle constitue de ce fait un obstacle pour l’avènement de la conscience écologique comme postulation d’une nouvelle épistèmê.

L’école a été le lieu d’apprentissage d’une modernité coloniale entée sur des antinomies données pour inconciliables : modernité/tradition, religion/ superstition ; civilisés/ sauvages ; agriculture vivrière/ agriculture moderne etc. Ces antinomies ont forgé de types de pensée binaires qui s’accommodent mal avec la nécessité de prendre en compte la complexité du réel tissée de multiples fils aux liens interactifs et rétroactifs. L’école a promue des élites clonées, entraînées dans une course sans fin vers une modernité aussi fascinante que coûteuse à laquelle l’on doit notamment les fameux éléphants blancs qui ont aggravé l’endettement dans les années 70 et 80. Les élites congolaises ont tendance à réfléchir par procuration et à adopter les solutions venues d’ailleurs en renonçant à tout magistère critique. L’école pèche pour avoir porté au pinacle le scientisme, fétichisé le progrès et arrimé le Congo à des conceptions de développement formatés par des organisations internationales. Les moules de pensée binaires ont ainsi rigidifié l’imaginaire et condamné la RDC au mimétisme stérile, à la re-production. En ce début du XXI° siècle, l’école congolaise cultive encore la fâcheuse tendance à séparer sciences et humanités. Et du reste, les programmes demeurent décrochés du milieu physique et environnemental de l’apprenant ainsi que des problèmes sociétaux qui sont censés être les siens. Ceux qui sortent d’un tel système affichent un inquiétant déficit de connaissance afférent à leur milieu naturel. Il en résulte un imaginaire atrophié, dé-raciné, fasciné par l’ailleurs et propice à tous les mimétismes. La richesse de la faune et de la faune congolaise ainsi que ses paysages merveilleux fascinent davantage les étrangers et le reste du monde que les Congolais eux-mêmes. Le système éducatif ne prépare guère les Congolais à contempler la nature, à l’admirer pour ce qu’elle est, à communier avec elle.

L’université a-t-elle œuvré suffisamment pour débarrasser les Congolais des antinomies qui sont à la source de la fragmentation des savoirs ? Travaille-t-elle à créer une alliance entre Science et Philosophie ?

C’est l’ensemble de la société congolaise en l’occurrence qui doit prendre conscience du caractère unique de son patrimoine naturel. Ce qui suppose que l’école soit le lieu où ce patrimoine a pleinement droit de cité, que les savoirs construits et diffusés permettent une connaissance responsable, éclairé et pertinente des richesses dont le congolais est dépositaire. Or la méconnaissance de jeunes congolais et de moins jeunes de leur patrimoine environnemental est vertigineuse. Le plus souvent elle se réduit à un répertoire des clichés hérités de l’ère coloniale, sous-tendus par une logique instrumentale. Ainsi du sempiternel mantra du Congo comme « scandale géologique » qui sous-tend une vision du développement articulée sur l’exploitation de ressources minières. A contrario le Congo comme sanctuaire de la biodiversité constitue un maillon faible dans la chaîne de représentations collectives. En effet, le constat est amer. Un élève congolais du cycle primaire ou secondaire est incapable de nommer et d’identifier cinq arbres de la flore de son pays qui totalise près de 10.000 espèces. C’est donc par l’école et l’université que l’émergence d’une conscience écologique sera effective pourvu que ces institutions mettent à la disposition de la société des savoirs pertinents, des savoirs faire efficients pour faire face aux défis de notre temps qui ont vu l’homo sapiens rompre le pacte avec la nature.

 

                                   Antoine TSHITUNGU KONGOLO

                                                     Université de Lubumbashi

La version intégrale de cet article va paraître dans les Actes du colloque « Populations et environnement », aux PUL (Presse Universitaire de Lubumbashi), en Juin 2018.

La version intégrale de cet article va paraître dans les Actes du colloque « Populations et environnement », aux PUL (Presse Universitaire de Lubumbashi), en Juin 2018.

Commentaires

  • Justement le philosophe Socrate luttait contre l'ignorance de toutes ses forces en enseignant dans les rues d'Athènes. Pour nous congolais d'aujourd'hui, comme le mentionne le romancier" C’est donc par l’école et l’université que l’émergence d’une conscience écologique sera effective pourvu que ces institutions mettent à la disposition de la société des savoirs pertinents, des savoirs faire efficients pour faire face aux défis de notre temps qui ont vu l’homo sapiens rompre le pacte avec la nature. " C'est très étonnant de voir actuellement détériorer le système éducatif congolais. Quelle société voulons-nous avoir demain sans du sérieux dans l'éducation?

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés le week-end et la semaine entre 00 h - 00 h (Europe/Brussels).

Optionnel