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05/03/2011

Coopération sino-congolaise

 Adulée par les Africains ; vilipendée en Occident, la Chine devenue une puissance économique et politique majeure du 21ème siècle, s’affirme comme un partenaire incontournable à même de contribuer substantiellement au progrès d’un continent qui a vu son développement obéré par le syndrome de la dépendance, héritée de l’ère coloniale, et qui n’a cessé de croître tout au long des décennies post-coloniales.

 

 


 

Adulée par les Africains ; vilipendée en Occident, la Chine devenue une puissance économique et politique majeur du 22ème siècle, s’affirme comme un partenaire incontournable à même de contribuer substantiellement au développement d’un continent qui a vu son développement obéré par le syndrome de la dépendance hérité de l’ère coloniale et qui n’a cessé de croître tout au long des décennies postcoloniales.

 

Sans doute les critiques passées et les  récriminations sont-elles à lire à l’aune de la mesure des menaces qu’elle fait peser sur l’ancien pacte colonial, reconduit sous forme d’accords qui ont fait les beaux jours et la quintessence de la Françafrique, et dont l’expression, pré-carré, dit bien l’obsolescence dans un monde globalisé.

 

La stigmatisation de la Chine a une portée idéologique qui plonge ses racines dans un terreau d’images et de représentations, héritage d’un passé qui remonte à la surface.

La dynamique de la Chine dans son partenariat avec l’Afrique est considérée par les partenaires européens, pour ne pas dire les anciennes métropoles coloniales, comme un avatar du péril jaune à même de soustraire l’Afrique à son influence. Ce qui n’est pas sans rappeler la psychose qui avait émergé en Europe, suite à la révolution bolchevique et à tous les fantasmes découlant des influences supposées pernicieuses des mouvements internationalistes et panafricanistes sur le continent noir où l’ordre colonial paraissait compromis face à l’alliance des peuples de couleurs.

 

Bandoeng sera ce momentum qui signera la fin des empires coloniaux et la volonté des peuples de couleurs de s’affirmer comme une force face aux empires hégémoniques.

 

La Chine, pays frappé par la pauvreté et la surpopulation, a tracé une magnifique trajectoire qui en fait le partenaire obligé des pays africains, essoufflés autant par la mal-gouvernance que par les programmes d’ajustement structurels et les délestages financiers liés à l’émergence des économies virtuelles ….

Si la Chine fut active, la nouvelle donne est que le nouveau partenariat roule sur l’axe économique en jouant sur les richesses naturelles de l’Afrique, indispensables à son économie en expansion.

Les chiffres engendrés par ce partenariat, les réalisations déjà engrangées, notamment en termes d’infrastructures, nourrissent quantité d’articles de presse et publications spécialisées, plus pointues. Il importe d’examiner la relation Chine Afrique sans a priori ni préjugés. En effet, les infrastructures et les prêts ne sont pas gracieux.

 

Dans quelle mesure contribueront-elles au développement de l’Afrique ?

 Si la stratégie de Pékin paraît claire et mûrement réfléchie, parfaitement articulée sur une planification globale, une conception du développement à la chinoise qui a prouvé son efficacité, menée étape par étape avec rigueur, qu’en est-il du côté africain ?

 

En effet, c’est presque une lapalissade de dire que les infrastructures routières et autres dont l’Afrique a cruellement besoin, ne sont qu’un aspect du développement qui, lui, doit motiver et impliquer l’Africain dans toutes ses dimensions. Pour que l’Afrique sautât à pieds joints dans le développement, il lui faut en passer par une révolution mentale dont elle a fait l’économie à ce jour, de manière à adopter des pratiques plus créatives et plus efficaces compte tenu de ses données propres et d’éviter cette modernisation de façade, onéreuse et inefficace qui a laissé en rade, par le passé, des pans entiers de populations marginalisées, écrasées par la pauvreté et vouées à plier l’échine sous la férule de régimes corrompus.

 

L’expérience chinoise comporte des leçons que l’Afrique ferait bien de méditer afin d’asseoir son développement sur des bases solides, car le développement ne pourrait se réduire à la construction sélective d’infrastructures.

 

Il me plaît de signaler à cet égard l’ouvrage que la philosophe et écrivain Simone de Beauvoir consacra à la Chine en 1955, après un séjour de plusieurs semaines : « La longue marche. Essai sur la Chine » (Gallimard, 1957). Les réflexions, les observations, les analyses de l’écrivain français, réjouissent par leur justesse, leur portée prophétique sur le fait chinois, loin des récits complaisants enrobés d’exotisme ou d’orientation idéologique douteuse.

 

L’honnêteté est tout à l’honneur de la compagne de Sartre, sur la trajectoire de la Chine et sur ses réalisations déjà impressionnantes à l’époque, et plus globalement sur les succès de la Chine, dont elle révélait la richesse et la complexité.

Où l’on retiendra de son ouvrage des propos annonciateurs des succès actuels : « […] la Chine fera un tel progrès qu’elle se trouvera, à la fin de ce siècle, l’égale des puissances les plus avancées : c’est du moins ce qu’escomptent les dirigeants ».

 

Faisant la part des faiblesses et des atouts de la Chine des années cinquante, Simone de Beauvoir note que le pays de Mao doit vaincre la faim et se doter d’une industrie lourde.

Sa faiblesse principale, à l’époque, n’est autre que la pauvreté extrême de la majorité de sa population. En revanche, elle dispose d’un atout majeur outre ses ressources naturelles: sa population.

Les Chinois se méfient des ruptures brutales, mettent en œuvre une planification rigoureuse et font montre d’un pragmatisme habile. L’écrivain français loue leur rigueur dans la gestion :

« on veillera à ne pas s’appauvrir, on prendra garde à ne rien gaspiller.

Les dirigeants chinois ne sont pas en reste  sur le plan culturel : il ne s’agit pas dans leur entendement de répudier le passé mais de « faire sortir le présent du passé ».

 

La Chine en ce début du XXIème siècle, apporte à l’Afrique ce qui lui manque cruellement ; la relation Chine Afrique se réclame des slogans postulant un partenariat gagnant-gagnant.

Mais, alléchés par ses capacités financières impressionnantes et par ses prêts, les dirigeants africains ont-ils réellement pris la mesure de l’opportunité que la Chine leur offre ?

 

Ne devraient-ils pas penser à se faire Chinois avec les Chinois ( c’est Goethe qui disait se faire Grecs avec les Grecs), c’est-à-dire en l’occurrence, se livrer à une lecture sans complaisance de leurs faiblesses ainsi que des errements du passé afin d’amorcer le cercle vertueux du développement ?

 

Les prêts chinois ont fini par cristalliser une attente messianique démesurée avec son lot d’illusions et de déceptions.

 

La propagande sur la construction des infrastructures par les Chinois, dissimule mal le fait que ces grands travaux, en dépit de leur intérêt collectif, ne sont pas créateurs d’un très grand nombre d’emplois pour les Congolais, dans un pays où le chômage bat des records.

La répartition de ces infrastructures sur le territoire national ne devrait-elle pas tendre à les implanter dans le monde rural délaissé depuis cinquante ans ?

Par ailleurs pendant que l’on se félicite de l’excellence du partenariat Chine-Congo les pillages des ressources continuent de plus belle.

 

Se faire Chinois avec les Chinois, n’est-ce pas éviter les gaspillages et surtout se montrer capable d’une planification rigoureuse sur le long terme, avec des objectifs à atteindre bien définis et dont la réalisation fait l’objet d’évaluations régulières afin d’en mesurer l’impact ?

 

Autres aspects qui donnent matière réflexions : la coopération avec la Chine consiste en une espèce de troc qui exclut l’obligation de transformer les ressources minières congolaises sur le sol congolais. Tout aussi préoccupant le fait que ce partenariat ne comprend pas un volet obligatoire afférent à l’échange de technologies.

 

En réalité n’est-ce pas du côté congolais  que le problème se pose ? En effet ce qui est mis en œuvre avec la contribution chinoise ne constitue pas un programme de développement au sens plein du terme.

 

Le Congo, contrairement à la Chine des années cinquante que nous décrit Simone de Beauvoir, n’est pas engagé dans un programme de développement rapide à l’instar de ceux qui ont mobilisé la Chine ainsi que d’autres pays de l’Asie du Sud-Est. L’appel aux investisseurs étrangers ne dispense pas de livrer une vision cohérente du développement.

Tout se passe comme si le Congo s’était résigné à demeurer un fournisseur de matières brutes, cela pendant trente années encore.

Le Congo devrait réfléchir à un mode de développement accéléré, la Chine en est un exemple, susceptible de sortir la majorité de sa population de l’ornière de la pauvreté, en lui procurant formation et travail et des salaires à même de lui permettre de consommer les productions de ses manufactures qui peuvent se développer rapidement en raison des bas salaires et d’un marché intérieur potentiellement important.

 

Les ressources stratégiques de l’Est du Congo, région en proie aux pillages et à l’instabilité chronique devraient être prioritairement transformées au Congo même, ce qui aurait l’avantage de couper l’herbe sous le pied des trafiquants en tous genres, de donner une valeur ajoutée à ces minerais, et de mettre le Congo sur l’orbite de nouvelles technologies dont elle a un besoin urgent pour se moderniser.

 

La dépendance financière, économique, humaine et symbolique qui a caractérisé la relation Europe-Afrique risque de se reproduire sous une autre forme, cette fois avec la Chine, comme le vrai gagnant et le Congo comme le dindon de la farce.

 

Les contrats miniers et les prêts ne sont pas autant de pas sur le chemin du développement.

Le développement du Congo attend ses architectes et ses ouvriers. La Chine pourrait bel et bien enclencher une ère nouvelle mais c’est aussi valable pour l’Inde, pour le Brésil et pour bien d’autres partenaires, pourvu qu’on sache tirer profit à bon escient des opportunités qu’offre la mondialisation.

 

Pas de développement sans reconversion culturelle : le Congo doit se débarrasser, la Chine est là pour en témoigner, de l’illettrisme des masses congolaises, d’une religiosité envahissante, d’un système éducatif obsolète…et trouver la voie médiane entre la société du 21ème siècle et celles de ses valeurs antiques qui mériteraient d’être conservées et promues.

C’est ainsi que les Congolais pour le meilleur se feront Chinois avec les Chinois.

 

Antoine Tshitungu Kongolo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

kkkk

Écrit par : boris | 01/03/2012

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