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05/07/2010

Monuments coloniaux

La revue Les Nouvelles du Parimoine décline sa dernière livraison sous le thème "Les architectes belges au Congo".

La contribution d'Antoine Tshitungu Kongolo est intutlée "Architecture , monuments coloniaux et mémoire coloniale"(p.44-46)

En voici quelques extraits:

"Les monuments coloniaux dont la Belgique est jonchée constituent des vestiges d’un passé qu’il nous appartient de lire avec une distance critique.Les images qu’ils véhiculent, les thèmes qu’ils brassent, les exploits qu’ils célèbrent  sont le plus souvent sujettes à caution. Ce sont des incarnations de l’imaginaire coloniale c’est-à-dire des réflecteurs de l’expérience coloniale de l’outre-mer telle qu’elle se projette en métropole. Ils relèvent d’une volonté de légitimation du fait colonial à l’usage de la métropole. Ces monuments ne constituent nullement des pages d’histoire en tant que telles.

Moult exemples viennent à ma rescousse. La croisade contre « les esclavagistes arabes » telle que narrée à travers les statues commémoratives ne correspond pas aux faits sous l’angle strictement historique.

Le terme arabe est d’ailleurs inexacte et l’abjection des arabisés de la côte est de l’Afrique qui contrôlent politiquement et financièrement des larges portions du Congo n’empêcheront guère le roi-souverain à faire appel aux services d’un Tippo Tip un membre de cette communauté honnie qui se mettra au service de l’EIC léopoldien. Par ailleurs l’esclavagisme en question tend à faire oublier à bon compte la traite négrière du XV° au XIX ° siècle pratiquée sans discontinuer par les nations européennes dans le mépris le plus total des populations africaines et congolaises. Ce même esclavagisme a servi de couverture et de caution aux ambitions coloniales de Léopold II dont on sait comment elles se sont terminées.

Ce que l’on célèbre à travers la statuaire ce sont la conquête et ses violences cachées. Le discours des monuments coloniaux est de connotation paternaliste et raciste pour ne pas en dire davantage. De cette manière il aura contribué à légitimer la colonisation et contribuer à sa pérennisation. Il en découle une imagerie d’Epinal qui a servi à infantiliser et à défigurer des peuples présentés comme sauvages, sans culture, frappés des tares d’une arriération profonde dont on a encore du mal à se défaire aujourd’hui.

Il faudrait bien sûr se pencher sur chaque monument, en étudier le langage et la manière dont chaque détail s’insère dans l’ensemble et pas seulement les inscriptions sur le socle. Il est vrai que ces inscriptions agacent par leur propension à sanctifier littéralement des « pionniers » au profil tronquée par la propagande, des conquérants aux exploits macabres et bien d’autres personnage au profil douteux."

Les Nouvelles du Patrimoine N° 128 juillet-août-septembre 2010- 4 €

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