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26/01/2010

Haïti au cœur

Haïti  fut le second pays indépendant des Amériques, en 1804, après avoir infligé une défaite mémorable aux troupes napoléoniennes.
Auparavant des Haïtiens avaient participé à la guerre d’indépendance des Etats-Unis aux côtés de Georges Washington.
C’est à Haïti que la Négritude se mit debout pour la première fois pour paraphraser un propos mémorable du poète Aimé Césaire.
C’est la seule des colonies des Amériques où des esclaves révoltés ont érigé une République , qui plus est imprégnée des idéaux de 1789. 




Le cataclysme majeur qui a frappé Haïti a agit comme un révélateur chimique des incohérences actuelles de ce pays mais aussi des strates d’une histoire à la fois épique et tragique.
Révélation pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent contextualiser ce drame et n’en retiennent que les images de la pauvreté.
Mais au-delà du chaos quelles leçons tirer de la tragédie en cours ?
Tout d’abord ce drame a cristallisé une sollicitude et une solidarité planétaire qui voient les Etats-Unis, sous l’impulsion du président Obama,se placer aux premières loges, initiant un leader d’un nouveau genre, sous la bannière de l’humanitaire.
Si on a encore du mal à mesurer l’impact de l’aide internationale mobilisée en faveur d’Haïti, il y a lieu de noter que par sa promptitude et son ampleur, celle-ci sort des schèmes habituels.
Les images fixées par des photographes et des cameramen ont été diffusées distillées à travers des réseaux où le pire côtoie le meilleur.
La mobilisation et la compassion doivent beaucoup à ces images qui témoignent de la place et du pouvoir que l' image exerce dans la société actuelle assujettie au numérique. Le pouvoir politique cède de plus en plus la place à celui des médias. Pour le meilleur et pour le pire.
Ces images diffusées à jet continu ont eu pour effet la mise en évidence de la pauvreté des Haïtiens mais pas toujours à bon escient.
Indirectement, ces images permettent de mesurer l’ignorance des Européens et des riches du Nord sur les réalités d’autres mondes en dépit de plusieurs siècles de contacts voire de colonisation et de domination. Comme si une chape d’amnésie était tombée entraînant dans l’oubli des références pourtant essentielles à la compréhension du drame actuel et d’autres qui ont jalonné l’histoire d’Haïti.

Les Haïtiens ne sont pas seulement des pauvres !
La pauvreté n’est pas la seule réalité d’Haïti, l’explication première et ultime de tous ses maux.
Déplorons la méconnaissance vertigineuse de l’histoire et des réalités de ce pays complexe et fascinant.
Le passé d'Haïti comporte des heures de gloire et des épisodes moins glorieux.
Il faut le savoir a fortiori lorsqu’on évoque la reconstruction d’Haïti et qu’on lui promet la sortie du chaos.

Comment ne pas s’offusquer que tant des citoyens en France, aux Etats-Unis, et ailleurs ignorent de faits essentiels se rapportant à la nation haïtienne?
Haïti  fut le second pays indépendant des Amériques, en 1804, après avoir infligé une défaite mémorable aux troupes napoléoniennes.
Auparavant des Haïtiens avaient participé à la guerre d’indépendance des Etats-Unis aux côtés de Georges Washington.
C’est à Haïti que la Négritude se mit debout pour la première fois pour paraphraser un propos mémorable du poète Aimé Césaire.
C’est la seule des colonies des Amériques où des esclaves révoltés ont érigé une République , qui plus est imprégnée des idéaux de 1789. le sang
Mais l’indépendance conquise dans le sang à été chère payée la France, laquelle imposera à Haïti de lui payer des sommes pharaoniques à titre de dédommagement.
Une indépendance qui fut boudée par les Etats-Unis pendant de longues décennies.
De surcroît l’Oncle Sam occupa Haïti trente années durant ; un épisode qui est loin d’être oublié !
Le panthéon des héros haïtiens s’honore de noms de Dessalines et Louverture.


La liste des dictateurs est tout aussi révélatrice ; y trônent les Duvalier et quelques autres, lesquels ont leur part de responsabilités dans le chaos actuel.
Pour l’Afrique, Haïti fut un phare, un pôle de référence et un exemple.
Les Haïtiens avaient précédé les Africains sur le chemin de la renaissance après les siècles de traite négrière de colonisation et de mépris.
C’est le foyer de la Négritude portée par le Docteur Price-Mars qui rompit avec le complexe lié à la race noire et se replongea, loin de tout bovarysme, dans l’étude du folklore et la culture en exaltant ses racines africaines. Haïti apporta au monde noir les ferments du changement en initiant la négritude qui insuffla un nouveau souffle aux arts , aux lettres et modifia la perception que les anciens esclaves et les noirs en général avaient d’eux-mêmes de par le monde.
Pour les Congolais de ma génération, ce fut une expérience marquante de côtoyer des enseignants , des médecins et des fonctionnaires qui vinrent à la rescousse du Congo indépendant, pays démuni de cadres dans la foulée d’une décolonisation délirante et problématique.
Mes professeurs haïtiens ont été des maîtres admirables dans plus d’un domaine et surtout des initiateurs qui nous permirent de mieux connaître certains épisodes de la traite négrière et à mieux appréhender la trajectoire de ce que W.E.B. Du Bois nommera «le monde noir »
( « the black world »).
Ils nous incitèrent à lire les écrivains majeurs d’Haïti (e.a., Alexis, Jacques Roumain) et à découvrir l’histoire et la culture fascinante de leur pays.
Ils donnèrent à comprendre que le Congo n’était pas isolé du monde noir , qu’il appartenait à un continuum historique et culturel bien réel.
Au Congo les Haïtiens ont redécouvert le « continent mère » et certains de leurs descendants ont magnifié l’Afrique. Au cinéma , par exemple, Raoul Peck et ses évocations éblouissantes de Lumumba sont là pour en témoigner.

Haïti qui a plié sous le joug des Duvalier père et fils est toujours debout !
Que d’hommes illustres issus de ce pays que des racistes patentés ainsi que des nègres pavlovisés érigent volontiers en symbole de la
« malédiction des Noirs » !

Ensemble, aidons Haïti à se relever en sachant éviter que la solidarité ne dégénère en pathologie compassionnelle !

Antoine Tshitungu Kongolo










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