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27/06/2009

Lu sur la tombe de Rimbaud

Ce poème a été lu par Antoine Tshitungu Kongolo sur la tombe d'Arthur Rimbaud dans le cadre du Festival international de la Poésie, organisé de main de maître par Eric Brognier et son équipe.Merci à tous les participants.


Mère, chaque son de djembé


Mère chaque son de djembé incise la peau cornée et glaciale de l’oubli
Le likembé sous les doigts fiévreux de ma nostalgie a les sanglots de ta voix

Mère ton silence me cloue sur le pilori de l’insomnie
Je suis un christ dérisoire et comique
Sur une croix invisible
Mère redonnes-moi mon corps d’alevin
Et le goût de l’innocence
Et la légèreté du feu follet
Et le doigté de la foudre
Et la paix des marais insondés de tes yeux
Et ce recoin inviolé de la nuit où
L’Etoile du sud déposait sa corbeille de promesses
Offrait sa vénusté à mon baiser candide
Redis-moi les légendes de ma terre démâtée
Défigurée par la faute de ses enfants

Chaque son de djembé est un coup d’épingle dans mes neurones
Et le likémbe débite la litanie des victimes prises dans les tourbillons de guerres saisonnières s’arrête sur chaque nom détaille caresse chaque visage situe chaque victime dans sa lignée
Redonne son et couleur à chaque disparu corps et visage à chaque victime soustrait du ventre morbide de la nuit les disparus les victimes de balles perdus des vies arrachées et piétinées au nom de la haine les pauvres victimes qu’aucune mémoire n’a canonisées
Tombées le mauvais jour au mauvais endroit pour la pire de cause celle de la Liberté à venir
Redonne soudain souffle à des foules écrasées qui marchaient intrépides et baignées dans la lumière vibrante vers les ors de la victoire des foules drossées dressées unanimes tournées poings brandis étendards dressés soufflées par la mitraille dans la pluie de la grenaille
Les fosses communes parlent par tes cordes de leurs panses de noirceur jaillissent des noms qui emperlent tes cordes on entend des pas juvéniles résonner sur le tempo d’une joie insolente insolite en cette terre de déréliction en ce royaume où l’on planta l’étendard des ténèbres pays des troglodytes et de cannibales Hic sunt leones Amen
La joie d’enfuir la graine de la liberté dans l’humus trempé du sang des martyrs la joie rayonnante comme un coup de poing sur le gibet dressé prêt à l’emploi comme un défi au bourreau sublime dans sa cagoule sans pli emportant ses premières charretées comme un défi aux acclamations de la foule saisie de frénésie la foule témoin attitré des exécutions publiques au rythme de bulles présidentielles les plus démentielles la foule une houle qui rompt les digues de la raison mille bras de poulpe qui enserrent toute révolte
la joie de toujours recommencer face à la mort face aux canons face à la morgue face à l’échec annoncé dans les salves de cris jaillis du fourreau de la nuit obsidienne et fi au désir martyrisé



Né à Lubumbashi (République Démocratique du Congo), publication de nombreux ouvrages sur l’Afrique centrale dans ses dimensions littéraires, culturelles et historiques. Poète, romancier et nouvelliste titulaire de plusieurs prix littéraires internationaux. Docteur en Littérature Générale et Comparée de l’Université de Lille 3. Animation d’ateliers d'écriture (dont un à La maison du Livre, à Bruxelles) et un séminaire sur les enjeux de l’histoire et de la mémoire africaine dans le contexte de la mondialisation (à l’Université Libre de Belgique en 2007). Il se consacre à la demande de nombreuses associations à l'organisation et l'animation d'ateliers sur la mémoire et l'histoire du continent africain.


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