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19/01/2009

Obama: Up From Slavery

Avec Obama, la minorité noire achève un parcours quasi épique qui l’aura conduit de la servitude à la magistrature suprême.

« Up From Slavery », ce titre qui coiffe l’autobiographie de Booker T. Washington est particulièrement approprié pour donner l’ampleur de luttes qu’il a fallu mener, des conquêtes qu’il a fallu thésauriser et pérenniser, d’une génération à l’autre. Cet intitulé  laisse en effet entrevoir les embûches sur le long chemin vers la liberté et l’égalité, cela à l’aune des efforts mis en œuvre et des sacrifices consentis.

Toutefois, Barack Obama n’a pas surgi ex-nihilo; il s’inscrit dans le droit fil d’une histoire qui compte d’ores et déjà des femmes et des hommes d’exception.


 

L’élection de Barack Obama, premier homme d’ascendance africaine américaine à la Maison blanche, est l’événement majeur de notre 21ème siècle naissant.Dans la trajectoire d’une nation longtemps entachée par la tare de l’esclavage et les séquelles de la ségrégation à l’encontre des Noirs, c’est le triomphe du rêve américain. Dans le reste du monde, l’événement a une charge symbolique aussi puissante que la chute du mur de Berlin.

Obama aura été un candidat planétaire, plébiscité par les médias du monde entier et les opinions publiques. Jamais une élection américaine n’aura suscité tant d’enthousiasme hors des Etats-Unis.

 

Avec Obama, la minorité noire achève un parcours quasi épique qui l’aura conduit de la servitude à la magistrature suprême.

« Up From Slavery », ce titre qui coiffe l’autobiographie de Booker T. Washington est particulièrement approprié pour donner l’ampleur de luttes qu’il a fallu mener, des conquêtes qu’il a fallu thésauriser et pérenniser, d’une génération à l’autre. Cet intitulé  laisse en effet entrevoir les embûches sur le long chemin vers la liberté et l’égalité, cela à l’aune des efforts mis en œuvre et des sacrifices consentis.

Toutefois, Barck Obama n’a pas surgi ex-nihilo; il s’inscrit dans le droit fil d’une histoire qui compte d’ores et déjà des femmes et des hommes d’exception.

Leur liste est longue : on pourrait se contenter de citer quelques noms parmi les plus marquants : Booker T. Washington, W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, Martin Luther King, Angela Davis, Malcom X. Autant de parcours insignes, autant de discours et de visions souvent contradictoires.

Booker T. Washington, fondateur de l’université noire de Tuskegee, appartient à la génération des esclaves émancipés, est de ceux qui comprirent toute l’importance de l’éducation pour les noirs obérés par l’esclavagisme comme facteur d’une intégration graduelle.

Il n’en fut pas moins brocardé par W.E.B. Du Bois qui fustigeait sa propension à une assigner aux Noirs une éducation de type professionnelle.

Du Bois, le plus influent intellectuel africain américain, en Amérique et dans le monde, de la première moitié du 20ème siècle, fut un des artisans de la NAACP, et un des pères du panafricanisme.

Dans « Ames noires », il sut traduire la déchirure du Noir en Amérique :

« C’est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se

 regarder à l’aune d’un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante. Chacun sent constamment sa nature double- un Américain, un Noir ; deux âmes, deux pensées, deux luttes irréconciliables ; deux idéaux en guerre dans un seul corps noir, que seule la force inébranlable prévient de la déchirure. L’histoire du Noir américain est  l’histoire de cette lutte- de cette aspiration à être un homme conscient de lui-même, de cette volonté de fondre son moi double en un seul moi meilleur et plus vrai. »

 Par ailleurs, W.E.B. Du Bois mettait l’accent sur la nécessité d’opérer une relecture de l’histoire des Noirs depuis l’antiquité jusqu’à l’époque moderne comme levier pour décomplexer les Noirs.

Ecrivain, professeur d’université, sociologue, diplomate, c’est une personnalité à multiples facettes. Son ouvrage « Ames noires », chef d’œuvre littéraire et investigation sociologique sur la condition du Noir Aux Etats-Unis d’Amérique, a eu une influence considérable sur la communauté noire des Amériques et d’Afrique. Panafricaniste, il a forgé l’expression « monde noir » afin de souligner la nécessaire solidarité des Noirs de la Diaspora et ceux du continent de leurs aïeux, axée sur le fait de partager un terreau mémoriel et une histoire commune.

Il posa les jalons de l’encyclopédie du monde noir dont il ne put malheureusement vivre la réalisation. Ce chantier a finalement vu le jour sous le titre « Africana », sous l’égide d’Henry Louis Gates Junior et   Kwame Anthony Appiah.

 

Pour autant les Noirs n’ont pas toujours parlé d’une seule voix ni agi d’un seul tenant. Alors qu’ils se réclamaient tous les deux du panafricanisme, W.E.B. Du Bois et Marcus Garvey se lançaient de noms d’oiseaux. Pour le premier, la lutte de Noirs devait s’inscrire dans le contexte de la société américaine persuadé qu’il était de la pertinence d’une intégration progressive.

Marcus Garvey  lui galvanisait les foules en prêchant l’avènement d’une République noire et se fit le chantre du retour en Afrique. Ces deux tendances ont influencé les mouvements ultérieurs (Black Panthers, Malcolm X) et semblent avoir trouvé une sorte de consensus tacite à travers le  phénomène Obama.

 

Avec Obama, l’Amérique entre dans une ère postraciale dont des intellectuels, des philosophes, et des artistes africains-américains n’ont cessé de prôner l’avènement sans toujours susciter en Europe et en Afrique Noire, un intérêt à la mesure de leurs analyses audacieuses.

Cette vison postraciale se dégage très nettement de toute une série d’ouvrages parmi lesquels « In My Father House » de Kwame Anthony Appiah.

La Color line, jadis dénoncée par W.E.B. Du Bois, appartient désormais au passé.

« Moi, aussi je suis l’Amérique » chantait Langston Hugues naguère en rêvant d’une société plus juste à l’égard des Africains-Américains.

 

Le 4 novembre 2008, j’avais un goût de bonheur sur le bout de la langue ; j’éprouvai un sentiment d’ineffable satisfaction à l’annonce de la victoire de Barack Obama.

Rien à voir avec un quelconque triomphalisme niais. Comme un déni au cortège de catastrophes en tous genres, une goutte d’espoir vint s’écraser sur mes lèvres. Et pourtant le monde n’avait pas changé autour de moi, du moins en apparence, mais le chant d’une ère nouvelle résonnait en moi sur un tempo furieux.

Soudain l’Amérique s’était débarrassée sous les yeux ébahis de l’univers de ses vieux réflexes racistes, avait franchi hardiment la Color line, mis une muselière  à ses vieux démons et ouvert une page où tracer les lignes vibrantes d’une épopée.

 

Antoine Tshitungu Kongolo

Commentaires

"Le chant d'une ère nouvelle", je l'entonne de tout coeur avec vous et avec tous ceux qui se réjouissent du rendez-vous d'Obama avec l'histoire, dès demain !

Écrit par : Tania | 19/01/2009

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