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11/09/2008

Congo Eza.Photographes de RDC

Nullement innocent le titre énoncé en lingala dont la charge connotative mérite quelques commentaires. Cette expression quasi intraduisible en français résonne comme un défi ; c’est véritablement un antidote à toute forme de pessimisme inspiré peu ou prou par les images de désastre qui collent au Congo. Mieux encore , c’est une sorte de profession de foi, de credo pour les créateurs congolais, en l’occurrence les photographes qui donnent à voir et à découvrir moult facettes méconnues du Congo, loin de l’iconographie de propagande du Congo de papa, autrefois vitrine douteuse d’une colonie modèle qui tenait du mirage, loin également des images du Zaïre de Mobutu qui cachaient bien des fissures dans la façade d’une modernité revendiquée.

Ce projet allie photographies et textes de la plume des auteurs congolais dans une démarche qui a le mérite de mettre en exergue la diversité des sujets, et de souligner la variété des  cheminements esthétiques. Les textes de Vincent Lombume Kalimasi, de André Yoka Liye Mudaba, de Marie-Louise Bibish Mumbu, et de Fiston Mwanza Mujila dit Nasser ponctuent avec humour et sarcasme l’album et lui donne une dimension supplémentaire. Il en ressort comme une rage de montrer , de témoigner envers et contre tout. Il serait aberrant de lire ce livre comme un état des lieux de la photographie au Congo.

L’iconographie de ce pays est une des plus riches et des plus excitantes à étudier depuis l’introduction de cette technique à la fin du dix-neuvième siècle à ce jour. Si la part dominante de ces images des époques successives revient aux coloniaux, aux voyageurs et aux explorateurs, des Congolais ont aussi pris part à cette belle aventure dont l ‘archivage est une urgence et un devoir de mémoire. Ce regard congolais sur le Congo est une dimension à ce jour minorée voire occultée et pourrait s’avérer une mine d’information sur la manière dont les Congolais se sont appropriés la technique photographique  et se sont mis en images.

La photographie dans l’histoire du Congo aura joué des rôles pour le moins contrastés. A l’époque léopoldienne, elle fut une arme redoutable entre les mains des détracteurs du roi-souverain qui s’en servirent à bon escient pour fixer les exactions et les horreurs imputables aux agents des sociétés concessionnaires qui exploitaient le caoutchouc, le copal et l’ivoire.

Toujours, à la même époque des photographes africains, comme Shanu (natif du Nigeria, il fit partie de l’administration de l’E.I.C.), et des Congolais, qu’il faut impérativement sortir de l’ombre, entrèrent en scène témoignant d’un autre regard. Des photographes congolais ont fixé sur la pellicule des moments clés de l’histoire du Congo, ce fut notamment le cas à l’heure de l’indépendance du pays. Par ailleurs, les photographes de presse du pays ont laissé de nombreuses traces dans les journaux qui firent florès dans le pays. Le football ,sport roi au Congo, est un des domaines où ils se sont le mieux illustré. Ce furent et ce sont des témoins attitrés des communions, mariages, enterrements etc.

Le photographe n’échappe pas à son époque et aux conditions inhérentes au contexte économique , social et politique. Les photographes d’aujourd’hui vivent dans un pays en guerre où la prise des images comme leur diffusion se heurtent aux prescriptions sans nombre du pouvoir et à la censure omniprésente. Les images congolaises de la guerre sont rares et on ne peut que le regretter.

Cet album est en quelque sorte une gageure par son ambition de couvrir l’espace géographique congolais en faisant appel à 25 talents. Le projet concocté par Africalia ouvre l’espace à des photographes de toutes les régions et principalement à une nouvelle génération dont le temps se chargera de faire le tri. C’est une approche collective, préface à des initiatives à venir, plus soucieuses des individualités, davantage attentive à la pluralité et au croisement des regards.

Textes de teneur littéraire et photographies par leur dialogue à même des précieuses passerelles contribuent , et pas que peu, à donner à ce livre ses lettres de noblesse. En outre le fait de confier la réalisation d’un tel opus à la maison Roularta dont la réputation en la matière n’est plus à faire est aussi un gage de l’espoir qu’inspire légitimement l’art de la photographie dans un pays dont les regards extérieurs produisent ordinairement des images volontiers conformes à une certaine poétique de l’horreur.

Antoine Tshitungu Kongolo

 

Congo Eza.Photographes de RDC, (dir. Mirko Popovitch & Françoise De Moor) , Africalias Editions & Roularta Books, 2007, 261 p.

 

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