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28/02/2008

Riveneuve Continents à l'Espace Matonge

L’ASBL LE CARREFOUR

Accueille la revue RIVENEUVE continents à l’Espace Matonge le 27 mars 2008 à 19 heures.Une rencontre centrée sur cette revue ouverte aux vents portants des littératures de langue française et diffusée sur les cinq continents. Sa dernière livraison intitulée écrire l’insolence fera l’objet d’un débat animé par Antoine Tshitungu Kongolo .

Parmi ses invités : Alain Sancerni (Rédacteur en chef) et François Nizery, membre de la rédaction.L’occasion sera donné de présenter le cahier « Riche Belgique » consacré à la poésie contemporaine belge, concocté par Luc Rémy, placé au centre du numéro 5.

La séance sera entrecoupée de lectures de textes par les auteurs présents. Nous escomptons la participation de Jacques Izoard, Steve Pierre Puttemans, Antonio Moyano, William Cliff, Eugène Staviskaya et Selçu Mutlu. Deux récitants, Maurice Boyikasse et Jacques Dapoz feront la lecture d’extraits d’auteurs africains et antillais tirés du numéro 5 ainsi que des précédentes livraisons de la revue RIVENEUVE.Un verre de l’amitié vous sera offert à l’issue de la soirée. La Revue RIVENEUVE est mise à votre disposition par la librairie PANAFRICA, notre partenaire. Les organisateurs

Pour tout contact : 02.611.84.31; 0484 987 760,02.512.54.11 Courriel : citeafricaine@hotmail.com, tshitungukongolo@yahoo.fr

11/02/2008

La Chorale des mouches

    Dans « La chorale des mouches », son premier roman, Mukala Kadima-Nzuji  examine à la loupe la responsabilité morale et factuelle de l’intellectuel congolais dans la faillite de son pays, confronté à la misère, aux démons de la division, à la violence des pouvoirs ubuesques ainsi qu’à l’incertitude des lendemains. L’intrigue se focalise sur un diplômé d’université dont la carrière médiocre a pour cadre une banque.

C’est sous son regard ébahi et scandalisé que nous sont décrits les méfaits stupéfiants commis par des dirigeants d’entreprises publiques  dans une république nommée Kulhâ , réplique quasi parfaite du Zaïre de Mobutu et à bien d’égards aussi du Congo actuel. Derrière sa vitrine pour le moins respectable, la Banque populaire sert de tiroir - caisse au régime du dictateur Oré –Olé et à sa cour. Le narrateur lève le voile sur les règles non écrites et néanmoins imprescriptibles du pouvoir dictatorial qui sévit au Kulhâ. Le droit de cuissage y est d’application et permet aux dirigeants de transformer les femmes en esclaves sexuelles pour la satisfaction de leurs instincts libidineux, et de les instrumentaliser afin de manipuler les opposants.

Sexualité, rites magiques, sacrifices rituels ainsi que leur cortège de victime expiatoires

Sont décrits avec un réalisme poignant.

Des filles pubères sont raflées dans les quartiers pauvres de Musoko, la capitale, séquestrées puis tuées dans les geôles  de services de sécurité, placés sous les fourches caudines du redoutable Mao, neveu du président de la République de Kulhâ.

Le romancier aborde dans la foulée toute une série de thèmes qui donnent une résonance singulière à de narrateur de Charybde en Scylla.

Mao va jeter dans les bras de notre héros, sa nièce, une jeune femme aguicheuse, abusée

Par ailleurs par son oncle. Ce mariage  forcé donne le la d’une série d’aventures rocambolesques les unes autant que les autres. La mariée est une « emmancheuse », une femme instruite et bien faite de sa personne mais condamnée au célibat et pour cause.

Sincèrement amoureuse de notre héros, qu’elle réussit tout d’abord à séduire à force de subterfuges, elle finit par se faire détester dès lors qu’elle s’installe de son chef sous le toit

De son «  mari ». Notre héros lui, a un autre amour, une fille dépitée de mirages urbains et qui s’en est son retournée vivre dans son village natal, auprès de sa grand-mère et de son oncle. Les deux femmes portent d’ailleurs le même prénom coiffant le récit d’une fascinante gémellité.

Le romancier aborde dans la foulée toute une série de thèmes qui donnent une résonance singulière à son propos. Il évoque la question brûlante des minorités ethniques en revenant sur l’instrumentalisation des pygmées par le régime du dictateur Oré-Olé (une réplique plus que convaincante du défunt Maréchal Mobutu qui réquisitionna sous les drapeaux des centaines de pygmées).Des pygmées furent arrachés à leur milieu et enrôlé de force dans l’armée de Mobutu. Ils servirent de chair à canon, lors de deux guerres du Shaba (Katanga), en 1978, et, derechef en 1980.  Mukala-Kadima Nzuji donne un coup de projecteur sur les rebellions qui ont essaimé au Congo, dans les différentes phases de son histoire. Démythifiées, elles apparaissent comme des « épopées » à la fois tragiques et dérisoires. Tous aussi ambigus leurs leaders « charismatiques » qui finissent toujours par succomber aux appels du pied du pouvoir.   

 La narration se coule dans une langue très châtiée mais alerte, sans fioritures inutiles , elle aligne des mots empruntés au français congolais sans verser dans l’exotisme; de même sont laissés en  rade le jargon philosophico-scientifique dont l’emploi massif gâche tant de récits focalisés peu ou prou sur les Africains occidentalisés.  L’onomastique, à elle seule, vaudrait toute une étude. Elle révèle une écriture tout en finesse placée sous le double signe de l’allusion et de la dérision. Musoko, la capitale, n’est autre qu’un terme, à la fois générique et dépréciatif, emprunté au tshiluba (cilubaà).  Khulâ (du swahili kula c’est-à-dire manger?), le nom du pays n’est qu’un trompe l‘œil, l’espace géo-historique auquel se réfère le roman n’est autre que la République Démocratique du Congo. C’est à une exploration de la mémoire collective congolaise  que nous convie Mukala Kadima-Nzuji, cela à travers une multitude de récits enchâssés, tirés de la culture populaire, laissés jusqu’ici en jachère par les études savantes.

Antoine Tshitungu Kongolo

Mukala Kadima-Nzuji, La Chorale des mouches, Paris, Présence Africaine 2003

01/02/2008

Vient de paraître

Antoine Tshitungu Kongolo, « Littérature congolaise : des pionniers à l’essor actuel » dans LE CARNET et LES INSTANTS , numéro 150, du 1er février au 31 mars 2008, pp.37-42




« Dans le cadre de l’opération « Yambi ! », organisée par la Communauté française de Belgique et le gouvernement congolais, de nombreux écrivains congolais ont rencontré le public mais aussi leurs confrères belges avec lesquels ils ont débattu de la littérature telle qu’elle se pratique ici et chez eux. Poésie, théâtre, essais, critique littéraire, transcriptions de contes et adaptations littéraires de textes oraux… le panorama de la littérature congolaise est en effet d’une richesse incontestable.
Voici, pour le lecteur non initié, une première approche qui, espérons-le, suscitera en lui le désir d’en savoir plus.

Ecrire en français et dans les langues locales
L’histoire de la République Démocratique du Congo a du mal à s’accommoder de normes en vigueur dans les anciennes colonies françaises d’Afrique. La politique d’assimilation chère à la France, qui aura imprégné pour le meilleur et pour le pire la trajectoire politique, culturelle et littéraire des pays placés sous sa tutelle fut tenue en suspicion par les Belges voire ostracisée.
Inséparable du principe de l'administration indirecte, la planification linguistique érigea quatre langues véhiculaires (kikongo, ciluba, swahili, lingala) au statut de langue d'évangélisation et d'enseignement. Dans ces quatre langues codifiées, promues et diffusées parfois au-delà de leurs aires traditionnelles d'expansion, les Congolais ont rédigé dans les moules reçus de leurs tuteurs une littérature marquée par l'adoptions des valeurs chrétiennes et occidentales. C'est à travers lesdites langues que les Congolais de l'époque coloniale ont appris à lire et à écrire qu'ils vont enrichir la bibliothèque écrite , d'une part en recueillant de l'intérieur les réactions du noir face à la mort d'un être cher. C'est un autre élève des missions en la personne de Thadée Badibanga qui est primé par l'Académie française, en 1930 pour un recueil de fables luba intitulé L'éléphant qui marche sur des oeufs. Le doute sur l’existence de Badibanga, considéré comme un auteur apocryphe, n’est plus d’actualité. Reste la complexité d’un ouvrage à plusieurs mains où les talents des imagiers Lubaki et Djila Tendo furent mis à contribution. Ce texte qui tire sa substantifique moelle du terroir kasaïen est loin d’être une nègrerie concoctée par G.D. Périer et Dulonge comme d’aucuns l’ont soutenu. Stefano Kaoze, premier prêtre catholique indigène, fut longtemps minorisé. Des travaux récents auront permis de le mettre en évidence tout à la fois comme une des premières figures intellectuelles du pays et comme pionnier de l’écriture en langue française, au-delà même de sa production de jeune séminariste. Comme pionnier de la fiction congolaise, le nom de Paul Lomami Tshibamba s’impose en amont de l’écriture romanesque tant au Congo Belge qu’au Congo français, où l’auteur vivra en exil.[…]

(Lire la suite dans LE CARNET et LES INSTANTS , numéro 150, du 1er février au 31 mars 2008 ). Pour tout renseignement sur ce magazine édité par la Promotion des Lettres :
Michelle Dahmouche, michelle.dahmouche@cfwb.be (Tél.02.413 23 21).