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16/08/2007

Le français au Congo 2

Mes ancêtres ont été excessivement marqués par une monstrueuse frustration , engendrée par une politique éducative qui, sous couleur de respecter  les peuplades locales(sic)et de préserver leur âme, empêcha systématiquement les Congolais de s’approprier la langue française. Sans doute de crainte qu’elle ne fût aussitôt retournée contre les maîtres.

Les tensions furent vives entre « bantouistes » ou « indigénistes », contempteurs de toute forme d’assimilation, et les « Européanistes » qui plaidaient, au nom de la modernité, l’enseignement de langues européennes au Congo belge.

A cette aune, l’on ne peut que comprendre l’appel reccurent à une généralisation de l’enseignement du français dans « La Voix du Congolais », à la veille même de l’indépendance du Congo, en 1960.

Cette insistance n’est guère gratuite puisque ceux qui connaissent le français sont les interlocuteurs obligés des Belges.C’est donc parmi les anciens élèves de séminaires essentiellement que se recrutent les évolués. La plupart des leaders , Patrice Lumumba est une exception qui confirme la règle, sont en effet des anciens séminaristes.

Ce dernier, partisan échaudé de la communauté belgo-congolaise prononce un discours de rupture le 30 juin 1960.C’est par une harangue mémorable de par sa charge rhétorique qu’il répond , sans y être  formellement invité au discours du roi des Belges, qui avait préconisé que la Belgique accordât l’indépendance au Congo « sans précipitation inconsidéré ni atermoiements funestes ».

La langue est ici ( allusion au discours de Patrice Lumumba)au service d’une vision de l’histoire coloniale en contradiction avec les mythes boursouflés de la colonie modèle.Lumumba dévoile dans une envolée lyrique digne des révolutionnaires d’antan , sa lecture de la colonisation , imprégnée de principes de droits de l’homme. Il a beau jeu de démontrer à travers quelques exemples habilement choisis les manquements du colonisateur à l’idéal de fraternité et d’égalité.

Ce qu’on considéra -à tort-comme un crime de lèse-majesté constitue un monument rhétorique de premier ordre qui rendait avec un relief pour le moins inouï le vécu peuple opprimé.L’orateur Lumumba renversait en même temps les repères convenus ; le pupille s’imposait en maître incontesté du verbe, et le maître prenait soudain la mesure de la liberté prise à son corps défendant.

N’est-ce pas une ironie de l’histoire que Lumumba ait pu se servir avec une telle maîtrise

de la langue de Molière et de Vaugelas, lui le rejeton de ce peuple à qui l’enseignement de la langue française n’avait été concédée pour ainsi dire qu’à dose homéopathique ?

Lumumba ne recherchait pas les béatitudes celestes mais voulait la liberté pour son peuple.

 Oui, parler français ne mène pas au ciel comme le disait un missionnaire flamand , mais tout dépend de l'usage qu'on en fait!

 

Antoine Tshitungu Kongolo

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