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05/08/2007

« Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

 

 

 

« Parler français ne vous conduira pas au ciel ! »

(propos d’un missionnaire flamand)

 

 

Quelle perception avaient les Congolais de la langue française ?

Il me semble tout indiqué de prendre en compte toute une série d’expressions du cru afin de répondre au mieux à cette question qui vaut son pesant d’or.

Trois de ces expressions déposés au fond de ma mémoire m’interpellent tout particulièrement.

  1. « Parler français ne vous conduira pas au ciel ! dixit un missionnaire flamand,  s’adressant à ses ouailles congolaises.
  2. « Le français c’est la chair de l ‘éléphant » : dicton congolais.

 

Par cette expression imagée, mes ancêtres rendaient compte de leur émerveillement ainsi que de leur déception au contact d’une langue certes fascinante  mais hérissée de mille chausse-trapes.C’est aussi une mise en garde lancée, à tous, jeunes et moins jeunes, pour leur signifier que le français leur réservera toujours des surprises.Prétendre en maîtriser les subtilités ne peut relever que de la fatuité sinon de l’ignorance. Comme si les vieux de la brousse avaient deviné l’infinie richesse d’une langue dont ils ne détenaient à vrai dire que des bribes.

 

  1. « Le français, c’est un couteau qu’on aiguise ».

 

 

 Cette expression populaire met en exergue la patience de celui qui voudrait s’approprier la langue de Vaugelas.Il lui faudrait sans cesse soumettre ses acquis à l’épreuve.Affûter la lame du couteau, c’est lui donner le tranchant nécessaire.Un esprit subtil, un homme fin est souvent comparé à un couteau bien aiguisé.

 

Il ressort de ce qui précède que le français n’est pas opposable aux langues locales.

Somme toute sa perception s’avère positive.Il est considéré comme un outil de prestige

certes, mais aussi de connaissance et d’ouverture.Il fascine d’autant plus qu’il passe pour un fruit interdit dans l’Empire belge.

 

« Viande d’éléphant », «  couteau qu’on aiguise », autant de paradigmes d’une appropriation factuelle et symbolique, difficultueuse et parfois dramatique de la langue de Molière et de Richelieu , par les indigènes de l’Afrique centrale.

Langue enseignée à des privilégiés triés sur le volet, en particulier les élèves des séminaires, impétrants à la vie sacerdotale, le français n’en sera que plus auréolé.Son apprentissage vaudra tous les sacrifices pour tous ceux que le système scolaire de type pyramidale aura laissé sur la route.

Pour les Congolais, du temps de mes pères, le français constitue la voie royale qui devrait leur permettre de sortir du ghetto découlant de la colonisation belge, et que résume bien l’expression « empire du silence ».

 

Antoine Tshitungu Kongolo

 

 

Commentaires

La base de la culture est la langue. Aussi je me demande pourquoi la langue de l'enseignement au Congo doit être le français dès la 1ère primaire. Il serait préférable d'apprendre à lire et à écrire dans la langue maternelle. Bien sûr à Kinshasa la langue de tous et de la rue est le lingala mais pour certains, les kongos et les lubas, à la maison on parle kikongo ou tshiluba. Et en conséquence il faut y conserver les véritables langues maternelles. Je sais au temps colonial on avait malheureusement développé 4 langues nationales véhiculaires mais quel sens cela avait-il d'imposer le tshiluba aux tetelas ou aux songés ou pire encore le lingala aux mangbetus et aux zandés (ces 2 derniers peuples ont leurs langues qui sont soudanaises).
jacquesanneet@skynet.be
Voir aussi: http://anneetjacquesmarcel.blogs.lalibre.be/.

Écrit par : anneet | 04/09/2009

Cher Monsieur,
Nulle part dans mon article je n'affirme la nécessité d'apprendre le français aux Congolais dès l'école primaire.L'essentiel de mon propos est ailleurs : les enjeux de l'enseignement de la langue française dans le contexte de la colonisation belge.Je me suis plus à confronter la perception que les Belges d'un côté, et les Congolais de l'autre , à cette époque là avaient de l'idiome cher à Molière.C'est au prétexte de préserver "l'âme noire" des errements du modernisme que certains missionnaires fustigiaient l'apprentissage du français et des langues européennes par les Congolais.
Il est clair que derrière cette attitude se profilaient des motivations idéologiques et politiques.
Sur la politique linguistique au Congo vous pouvez consulter utilement mon dernier ouvrage "La présence belge dans les lettres congolaises. Modèles culturels et littéraires", éditions L'Harmattan.Ce travail érudit vous permettra certainement d'aller au-delà de vos souvenirs.Et vous évitera de m'attribuer des idées simplistes qui ne sont pas miennes.Je suis par ailleurs un comparatiste; je n'envisage guère les langues et les cultures en termes antagonistes.
Quant à la politique linguistique qu'il sied d'appliquer à l'avenir au Congo, c'est un sujet complexe qui réfute par avance tout manichéisme et exige que l'on se débarasse ad minima de moules hérités du passé.

Écrit par : antoine tshitungu Kongolo | 04/09/2009

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