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05/07/2007

Une apologie du totalitarisme ?

De la dégénérescence à la renaissance du Congo. Une apologie du totalitarisme ?

Note introductive 

Une dame m’ a adressé sa lecture de l’essai de Manjolo Pépin Guillaume « Ma Nation.De la dégénérescence d’une Nation et de sa renaissance », Editions Mabiki,220 p.Il va de soi que ce propos n’engage que son auteur. Néanmoins, je respecterai comme je m’y suis engagé sa volonté de rester anonyme. Voici dans son intégralité le texte qui m’ a été confié.

 Sur le thème de la dégénérescence du Congo, de nombreux écrits ont été commis.Ce qui caractérise le propos de Guillaume Pépin Manjolo , c’est moins la précision de l’analyse que la virulence qui se donne le beau rôle,  au détriment de tout argumentaire digne de ce nom.Le monolithisme du propos rappelle fâcheusement les diatribes délirantes du temps où les dictateurs africains et leurs idéologues zélés réclamaient , à cor et à cri, le droit à la différence, rejetant comme des principes inadaptés, selon eux , les concepts de démocratie et de droits de l’homme.

Alors qu’on s’attendrait à découvrir des arguments pesés et soupesés de façon à déboucher sur des propositions à même d’enrichir le débat sur la problématique complexe de la République démocratique du Congo, c’est à une messe de mots dignes d’un prophète du totalitarisme qu’on est convié.

D’où la question de savoir si l’on ne peut envisager des solutions pour le Congo qu’en réfutant les principes de la démocratie, qu’en vitupérant sur l’Occident ( responsable de tous les maux ?), qu’en faisant table rase des propos autrement plus avisés, qu’en rompant avec toute mesure , qu’en assenant des assertions aux fondements historiques douteux.

Le syndrome de la dégénéresence, un thème cher à tous les tenants des méthodes totalitaires, justifierait t-il la table rase à laquelle s’adonne notre auteur pour se poser ni plus ni moins en sauveur attitré ( un de plus ! ) du peuple congolais opprimé par les Occidentaux, victime du racisme ( le moteur de l’histoire s’il faut l’en croire, l’explication de toutes les iniquités) ?

Le concept de nation n’appelle de la part de l’auteur aucun éclairage alors qu’il est censé être la pierre de touche de sa réflexion, c’est tout au moins ce que suggère sa reprise au niveau même de l’intitulé de l’ouvrage.S’agirait-il de l’Etat -Nation, cher à l’Europe , qui a eu tendance à transplanter non sans mal cette notion sous d’autres cieux ?

Quid de cette Nation congolaise qui aurait dégénérée ?

S’il s’agit des royaumes et empires d’antan, encore aurait-il en retracer,  fût-ce sommairement la trajectoire historique.En décrire le mode d’organisation politique , économique et sociale et de manière à évaluer les pertes et les avanies  subséquentes à son choc avec l’Occident.

De surcroit, que faut-il entendre par nation eu égard aux réalités de la Rdc ?

L’auteur souffle dans les  trompette de l’indignation pour fustiger les supposés fossoyeurs de sa nation.

Mais de cette dernière, des hauts faits qui ont marqué  son histoire, de ses héros et figures de proue , de ses réalisations, il ne dit rien de consistant.

En effet, aux fins d’emporter l’adhésion du lecteur quant aux méfaits de l’Occident, c’eût été indiqué de se pencher sur les modes d’organisation de jadis en les situant dans l’espace et dans le temps.

Le lecteur ne manquera pas d’esquisser un sourire en lisant sous la plume de Manjolo que le racisme fut le moteur principal de la traite négrière et même de la colonisation.Il contribua certes à la légitimation de ces deux phénomènes mais en fut il le moteur ?

 Le terme même de commerce triangulaire n’en dit-il pas assez sur les motivations mercantiles et odieuses de cette pratique qui se joua entre les trois continents ?

Par ailleurs, peut-on assimiler la culture de l’Occident à Gobineau ?Ce dernier est-il l’inspirateur de la traite négrière et de la colonisation, comme le laisse entendre notre auteur dans sa candeur.

Qu’il nous suffise de rappeler que lorsque Joseph-Arthur de Gobineau publie son ouvrage intitulé « Traité sur l’inégalité des races humaines » ( de 1853 à 1855) la colonisation est d’ores et déjà effective sur le continent africain.

Tous les impérialismes du 19èmes siècle ont eu des visées économiques et commerciales qu’on ne saurait minorer.La colonisation a eu besoin d’une construction idéologique à des fins de légitimation.Le racisme n’en est pas la seule profession de foi.

De surcroît notre auteur est-il crédible de mettre sur le dos de la colonisation tous les maux ?

D’autres continents n’ont -ils pas été colonisés ? Le fait colonial a-t-il épargné le continent européen lui-même ?

A cette aune, il n’est pas hasardeux de dire que Manjolo est un adepte de l’externalité consistant à dédouaner les Congolais de toute responsabilité dans leur destin. Ce qui tout de même est loin d’être la marque d’un homme lucide.

Si la stigmatisation de l’Occident est permanente, l’auteur n’en est pas à une contradiction près puisqu’il n’en adopte pas moins comme idéal politique les assertions d’Adolf Hitler dans « Mein Kampf ».

Hitler n’a-t-il pas posé pour principe infrangible le rejet  de « la sottise démocratique »ainsi que l’adoption de la Führerprinzip( le principe du chef)c’est-à-dire une dictature fondée sur le culte du chef.

Manjolo nous livre son credo : « Mon Etat n’est pas une démocratie , encore moins un Etat selon les principes juridiques applicables à cette forme d’entité(…). »( p22)

Hitler affirmait par ailleurs : « Le destin du reich ne repose que sur moi. »

Manjolo, pour sa part, entrevoit comme préalable à la résolution des maux de son pays, l’avènement d’ « …une nouvelle race d’hommes dotés de science, imprégnés de l’histoire originelle, communiant avec l’âme congolaise et seuls capables de façonner des nouvelles formes.Mais encore faut-il que cette caste puisse être pilotée par un homme éclairé, nimbé par les certitudes ancestrales(…). »(pp 27-28)

Comme son mentor, Manjolo disserte également sur le problème de l’espace vital,  Lebensraum :« En évoluant par comparaison, il m’est fort aise de démontrer que la volonté de puissance, donc de domination dégagée par les civilisations occidentales et orientales à la recherche de l’espace vital pour assouvir leur instinct de conservation , n’a jamais eu leur égale en dessous des tropiques ».(p39)

Comme Hitler , il adhère à un darwinisme grossier ; il voit la vie comme une lutte perpétuelle et le monde comme une jungle où survit le plus apte et où règne le plus fort.

« Ainsi, la philosophie populaire de la vie correspond au vœu le plus profond de la Nature ,écrit Hitler, puisqu’elle restaure le libre jeu des forces qui doivent amener à une élévation mutuelle et continue jusqu’à ce que l ‘élite de l’humanité , s’étant assuré de la possession de la Terre entière, ait tout indépendance voulue pour agir dans des domaines qui seront en partie au-dessus et en partie en dehors d’elle. »

Manjolo : « Il est en l’espèce question de la liberté qu’a chacun d’user comme il veut de son pouvoir propre pour la préservation de sa propre nature autrement dit de sa propre vie , et en conséquence de faire tout ce qu’il considérera, selon son jugement et sa raison propres , comme le moyen le mieux adapté à cette fin. »( p34)

C’est une chose de se dire opprimé et d’affimer corrollairement son désir de libération,

mais peut-on réellement se libérer de ceux qui nous oppriment , en l’occurrence l’Occident, sans se défaire de certains schèmes de pensée dont nous sommes redevables aux Occidentaux ,et qui constituent des cercles vicieux où nos risquons malgré nos crialleries et nos illusions de nous enfermer pour de bon ?

Il est désolant de devoir dire que la logique qui structure le discours de Manjolo  puise ses  schèmes dans les déclamations totalitaires en lesquelles ne pourrait se résumer l’Occident.

Le fait même d’opposer de façon manichéenne Occident et Afrique, en l’occurrence Belgique et Congo, n’a-t-il pas à avoir avec la pensée coloniale avec sa manie de catégoriser , de simplifier afin de valoriser ses paradigmes ?

Le tout est de savoir si cette obsession totalitaire est consciente ou inconciente, le fruit d’une séduction ou d’une lecture déficiente de la littérature politique .

En fait si Hitler est omniprésent, il n’est nullement mis en citation malgré des emprunts pour le moins évidents. Peut-être l’auteur n’en a-t-il qu’une connaissance de seconde main ?

Le lecteur ne manquera pas de s’interroger sur la maîtrise qu’a l’auteur de son propos, au niveau tant des concepts que de l’organisation même du discours,  en dépit des ses rodomondades, de sa manie à enfoncer des portes ouvertes, et de sa prétention à se poser en messie.

Les problèmes de la République Démocratique du Congo méritent d’être mis en débat de manière à ce que du choc des idées puissent jaillir des véritables solutions, ce qui passe par une réfondation intellectuelle qui ne saurait se satisfaire de la pensée unique sous quelque forme que ce soit.

N.B: Le débat est ouvert, avis aux amateurs....

Commentaires

Madame,
Conscient de l'imperfection humaine, je suis ouvert à la critique d'où qu'elle vienne quand bien même elle s'opposerait à une certaine exigence.
Je ne peux m'empêcher de vous remercier d'avoir pris la peine de me lire, même si on peut facilement entrevoir ici ou là que la célérité de votre lecture a probablement obscurci l'horizon que je me suis fait fort de donner à mon texte.
La pertinence de vos propos me permet de penser en toute modestie (bien que ne détenant aucune qualité pour évaluer votre savoir) que vous êtes quelqu'un d'une âme élevée et finement instruite, je ne peux donc faire l'économie de vous rappeler que la Communauté internationale a admis avoir lourdement fauté dans les massacres des tutsis rwandais et des hutus modérés.
Un autre rappel : la Cour Internationale de Justice a par un arrêt tout autant explicite dit qu'il s'est perpertré des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre en Rdcongo et, qu'à ce jour on dénombre un peu plus de 3000000 de morts en Rdcongo suite à toutes les épopées criminelles de la fin des années 90 à ce jour.Sans perdre de vue qu'une commission onusienne a épinglé nombre d'entreprises africaines et occidentales impliquées dans les crimes de pillage de la Rdcongo.
Une dose de bonne foi vous ferez remarquer que je ne condamne aucunement les occidentaux mais mes propres compatriotes pour lesquels je ne fais aucune concession.Néanmoins,j'insiste tout simplement sur le fait que la conduite des affaires de la planète s'organise dans l'Etat de nature (voir Hobbes et non Hitler).
Je vous sens capable de bien plus d'arguments pour dénigrer mon travail à défaut de vouloir apporter une critique constructive ce qui en mon sens n'était nullement votre intention, que d'opérer dans un champ de facilité.
Par ailleurs chère Madame, quel honneur peut-on tirer d'une démarche masquée?
A côté des douleurs endurées par les miens, vos propos ne peuvent guère me choquer.
Je reste convaincu que de nos propos mesurés jaillira peut-être une lumière.

Maître Manjolo

Écrit par : manjolo | 08/07/2007

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