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13/05/2007

Zombies et mouvanciers

                                    

            

          

Les intellectuels zombies redoutent de réfléchir tellement leur cervelle est vide. Ils détestent le débat et se complaisent dans les jeux pervers de l'ombre. Ce sont des éminences grises .D'un zèle surfait, ils ne s'embarrassent d'aucun principe.

Ne me demandez pas de vous décrire leurs idées, ils n'en ont pas: ce sont des re-producteurs.On dirait qu'ils sont faits pour se contenter, en guise de nourriture, de ce que les autres ont remâché. Ce que la bouche d'autrui a craché, ils s'en régalent  comme s'il y eût s'agit du meilleur des plats. C'est ainsi !

Ils se contentent  de réchauffer des plats, si ce n’est de s'essayer aux recettes éculées. Il ne leur viendrait pas à l'idée de contredire vigoureusement leurs mentors attitrés. Ils vénèrent tout ce qui a le vernis de la respectabilité, tout ce qui est rassurant et consensuel. Tout ce qui est fade fait leur bonheur. Tout ce qui est ressassement flatte leur conservatisme. Leur tendance à la somnolence leur fait redouter tout ce qui est bouillon de culture. Passéistes, passifs, poussifs... et pis encore !

Ils ont peur de franchir les limites qui leur sont fixés, de pénétrer dans les domaines interdits, de questionner les mots, de mettre à plat les notions toutes faites. De peur de se retrouver sans repères et perdus. Ils n'oseraient jamais ramer à contre-courant de ce qu'ils ont ingurgité sur les bancs des écoles. Ressembler au maître, à tout prix, les enferme dans la dialectique du maître et de l'esclave.Ce sont des seconds couteaux à vie, des ramoneurs, des mollassons, des paillassons.

Ils sont d'accord avec tout le monde, car ils auraient trop peur qu'on découvrît leur vacuité, s'il leur  prenait de contredire hardiment leurs  interlocuteurs. Ils  rapportent, en haut lieu, les faits et gestes d’honnêtes gens. Ce sont des mouchards faute de pouvoir analyser ce qu'ils engrangent pour le compte d’autrui.Dans l'ordre végétal, ce sont des épiphytes, des parasites, bref des créatures nuisibles.

Ah ! Qu’ils adorent les farandoles de la vanité, les micmacs, les jeux de masques, les transes de l'autosatisfaction.

Les intellectuels zombies  ignorent  la dialectique ; elle est à leur esprit, ce que le soleil est à la nuit.

Leur  discours est le reflet des complexes enkystés dans leur psychisme.

On les reconnaît assez aisément à leur psittacisme : cette tendance marquée à reproduire de façon mimétique des références livresques. Je passe sur leur manie  de citations.

Intellectuellement, ils accusent une dépendance maladive à l'égard de représentations et de clichés qu’ils tiennent de leurs  maîtres. Ils  sont  «  La Voix de leur  maître ». Grâce à eux, le discours forgé naguère, pour légitimer et perpétuer notre dépendance, a des beaux jours devant lui.

Adeptes du flou, ils font leur miel de l'obliquité, et s'en tirent  le plus souvent par des propos chèvre-choutistes. Ils ne peuvent  prendre le risque de naviguer à contre-courant.

Ils se satisfont  de l’opinion, à ce compte,  ils ne pourraient  incarner le défenseur de la veuve et de l'orphelin.

 Ils  s’avèrent être plus proches du singe savant que du sourcier ;  ce  ne sont pas des arpenteurs qui s'en vont à la découverte des terres nouvelles. Il  leur  suffit de mâcher ce que d'autres ont apprêté, de rabâcher les idées reçues. Tout  le contraire des esprits forts.

A quoi les reconnaît-on me demanderiez-vous?

Rien de particulier ne le caractérise sur le plan physique. C'est à l'usage que l'on découvre leur raideur d'esprit, leur conservatisme, leur infantilisme, leur  couardise ainsi que leur duplicité.

Il leur arrive même de donner le change par un certain brio , lequel ne tarde guère à montrer ses limites , pour peu qu'on veuille creuser des sujets, et décaper des notions mal servies par les consensus mous, où nous baignons en permanence.

Comment nous assumer lorsque fondamentalement, il nous manque l'arme de l'analyse critique, lorsque toute distanciation par rapport à notre condition historique, économique et sociale est viciée par les ukases du maître ou encore lorsque nous demeurons subjugués par les paradigmes qui forgèrent notre dépendance ?

Les  zombies  ne marchent  pas hardiment, ils flottent  à la manière d'un ectoplasme.Les intellectuels zombies  pèchent  le plus souvent par leur maîtrise insuffisante de l'histoire qui a forgé leur peuple , et conditionné leur positionnement.Ils  ne peuvent  mettre en joue les assertions imprégnées d’idéologie faute d’outils de lecture adéquats.Ne se rangent-ils pas systématiquement du côté de ceux  qui détiennent momentanément les privilèges et le pouvoir ? D'où, ils  ne peuvent  remettre en question les mensonges du plus fort, par crainte de perdre les privilèges qui leur sont concédés. Cela équivaudrait à  brûler les vaisseaux. L'obliquité de leur  discours est tactique.

Les zombies sont  l'équivalent de ceux qu'on appelle, dans le français de Kinshasa,  des mouvanciers.Un mot qui évoque toute la duplicité des gens rompus  aux jeux de balancier qui structurent la politique locale.Ce ne sont pas des pyromanes, mais des cireurs de bottes.

Non des voleurs de feu,  mais des éteignoirs!Ils en grattent du papier, les intellectuels zombies mais pour dire quoi au juste ?

 

Antoine Tshitungu Kongolo

 

 

 

13:05 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

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